Le poids des mots/maux


On oublie un coup. Pas une parole. Pas l'intonation prise pour dire les mots. Pas le regard de la personne qui les prononce.

Un coup, il fait mal sur le moment. Les jours suivants, la douleur physique s'amenuise. Le bleu jaunit pour disparaître ensuite.

On dit toujours que les paroles sont plus fortes que les actes. Ce n'est pas rien.

Le 12 septembre dernier, Facebook me faisait rappeler un moment de ma vie. Le hasard a voulu que ce jour-là sorte une campagne sur la violence verbale des parents envers leurs enfants.

Que ce soit sur le coup de la colère, de la fatigue, de l'alcool, bref, peu importe la raison, un enfant, lorsqu'il reçoit des mots de ses parents, il ne les oublie pas comme un bleu sur un genou qui disparaît trois jours plus tard.

Non, un enfant, il enregistre les paroles de ses parents. Et croyez-moi, il ne les oubliera pas de si tôt. Voire jamais. Et je sais de quoi je parle.

- T'aurais pu te maquiller
- T'as vu comment t'es habillée ?
- Bouge ton cul
- Ça n'aurait été que moi, je n'aurais pas eu de gosse
- Et des insultes en tout genre...

Voilà la liste non exhaustive des remarques que je me suis prise dans la tronche par ma mère. Et ce depuis mon adolescence.

Et pour vous dire à quel point je ne les ai pas oublié, je me souviens du moment où chacune de ces remarques ont été dites. Le lieu, la raison, l'intonation et le regard.

Une parole, c'est oral, c'est éphémère, c'est sur l'instant. Mais t'inquiète que le cerveau enregistre tout. Autant pour un "Je t'aime" que pour un "Il est décédé", "J'ai signé mon CDI", "T'es grosse/moche", "Veux-tu m'épouser ?" et j'en passe...

Je ne vis pas avec ces paroles. Mais elles sont bien là. Elles ont un pouvoir non négligeable sur ce que je suis. Elles m'ont construite. Ou plutôt, je me suis construite avec ces paroles. Ses paroles... Je pense que j'aurais pu être différente si je n'avais pas autant emmagasiné certaines remarques dont j'ai eu droit dès l'adolescence.

Les paroles d'une mère sont très importantes pour la construction d'un enfant. J'aurais juste préféré qu'elles m'aident à grandir et m'épanouir.

La vidéo sur cette campagne est à retrouver ici.

La surdité au quotidien


Dans le même genre que mon arachnophobie, place à ma surdité. Pour celles qui ne le sauraient encore pas, sachez que je suis sourde dès mes 6 ans, de l'oreille droite. Une méningite décelée sur le tard m'a laissée ce joli handicap. Je dis "handicap" car ce fut le cas durant de nombreuses années.

Je l'ai mal vécu car à chaque rentrée des classes, je devais donner une lettre à mon institutrice dans laquelle ma mère lui expliquait pourquoi je devais être placée devant son bureau. La timide et complexée que j'étais vivait mal cette place de "fayot". Et forcément, mes camarades n'étaient pas au courant de la raison à vouloir me mettre tout devant. Bien qu'ils découvrirent au fil des semaines que j'étais loin d'être la petite intello pimbêche.

Qui dit sourde d'une oreille dit l'excuse toute trouvée pour éviter les séances à la piscine. Je n'y suis jamais allée avec l'école (mais je me rattrapais les mardi soir avec Papa). Le mot du médecin passait comme une lettre à la Poste. Je devais, en contre-partie, faire acte de présence dans la salle d'études plutôt que de rester 1h de plus au lit/à la maison.

Qui dit sourde d'une oreille dit contrôle chez l'ORL tous les 5 ans (en plus des quelques années d'orthophonie). Rien à dire sur mon oreille droite qui est invalide à 96 ou 98%, je ne sais plus. Dans les deux cas, ça ne change pas grand chose quant à son état. Concernant l'autre oreille, elle fonctionne très bien. J'arrive parfois à mieux entendre que quelqu'un qui a une bonne audition aux deux oreilles. Mais forcément, qui dit oreille seule à travailler dit oreille qui se fatigue plus vite. Mes contrôles ORL sont passés de cinq à deux ans. Il y a trois ans, j'en ai longuement parlé avec mon médecin. Et j'ai pleuré. J'ai pleuré parce que durant des années, je me suis sentie anormale mais surtout, incomprise. J'ai pleuré parce que j'avais honte de me sentir handicapée d'une simple oreille alors qu'il y a pire, bien pire que moi. Mais j'ai surtout pleuré car mon médecin m'a avoué que j'étais loin d'être la seule à ressentir cette honte. Je me suis sentie soulagée de me savoir normale et de ressentir quelque chose qui est vécue par d'autres personnes, ayant le même souci que moi.

Qui dit être sourde de l'oreille droite, c'est être dans l'impossibilité de passer mon permis. Ca fait sourire beaucoup de monde. Certains trouveront ridicule ce qui va suivre mais je ne suis pas bien lorsqu'il y a quelqu'un à ma droite. Je suis mal à l'aise, pour ne pas dire angoissée. Pas au point de paniquer. Dès l'enfance, je me suis habituée à avoir un vide à ma droite. Les rares fois où j'ai eu une personne de ce côté-là, un grand malaise s'installait. Parce que déjà, c'est quelque chose de pas naturel chez moi alors que ça l'est pour des dizaines de millions de personnes. Avoir quelqu'un à ma droite, c'est aussi le risque de lui mettre un vent énorme. J'ai eu ce cas à trois reprises. La première fois, je n'avais prévenu personne et discuter lorsqu'il y a du bruit autour où que je dois me tordre le cou, ce n'est vraiment pas évident. Les autres fois, j'ai prévenu la personne mais ça revenait à dire "Ne me parle pas, j'entends rien". Très gênant comme situation... Si je ne peux choisir ma place, je vais me renfermer et être froide afin d'éviter toute éventuelle conversation mais c'est dommage car je suis quelqu'un de sociable qui a la conversation facile (bien qu'au début, j'écoute). Je réserve toujours mes billets de train pour être certaine d'être du bon côté de mon voisin ou du contrôleur. Idem au restaurant où je me mets du côté où je puisse entendre la serveuse.

Là où je le vis bien, au mieux en tout cas, c'est en compagnie de Fred ou de ma Best qui, connaissant bien mon "problème", ne m'en tiendront pas rigueur des vents que je pourrais leur mettre. Au pire, on se parle après le repas. Mais la question ne se pose même pas puisqu'ils se sont vite habitués à vivre à ma gauche. Fred en a même attrapé l'habitude avec les autres. Parfois, il doit se justifier auprès de ses collègues pourquoi subitement, il change de côté car lui-même trouve cette présence à sa gauche comme "anormale".

Mais rassurez-vous, être sourde a ses petits avantages : je peux m'endormir sur l'oreille valide lorsque Monsieur regarde la télé ou ronfle, lorsqu'il y a du bruit dehors (chiens, musique, orages). Je peux même écouter de la musique avec des écouteurs depuis que mon ORL m'a rassurée en me disant que tant que ce n'est pas plusieurs heures par jour et que je suis raisonnable sur le niveau sonore, il n'y a aucun souci. J'évite l'avion et la plongée qui me sont fortement déconseillés mais, sourde ou pas, les occasions ne se présenteront peut-être jamais donc aucun regret.

Même si aujourd'hui, je ne vois plus ma surdité comme un handicap, il y a une chose que je n'arriverai jamais à corriger : parler au téléphone. Que ce soit à la maison ou dehors, je parle très fort. Bah oui, je ne m'entends pas parler donc je hausse la voix, histoire de bien en faire profiter tout le quartier. Non, je ne hurle pas mais parler normalement, comme si la personne était face à moi, je n'y arrive pas. Et c'est malheureux d'avoir un abonnement illimité ainsi qu'un téléphone à 900€ et ne pas pouvoir utiliser sa fonction première : téléphoner et surtout, de n'importe où.

Ah puis y a aussi le fameux "- T'es où ? - Bah je suis là ! - Mais où là ?". Et là, tu me vois tourner sur moi-même en demandant à la personne de parler pour que je sache de quel côté je l'entends le mieux. Je ne vous explique pas en forêt, lorsque je vais aux champignons avec Monsieur. Même au bout de cinq ans, il n'arrive toujours pas à m'expliquer où il est. Par contre, j'applaudis ma Best car en 8 ans, avec un week-end par an, elle s'adapte dès la première minute. T'es trop choupette !

Donc non, ma surdité n'est plus vécue comme un handicap. J'en ai fait une partie de ma personnalité à mon passage au lycée. Et ma discussion avec mon ORL m'a fait beaucoup de bien. Même si j'ai également appris que de trop travailler, mon oreille gauche va s'affaiblir assez tôt. Mais je n'ai pas envie de parler opération ni d'implant. Et encore moins de surdité avancée, précoce. Pas maintenant...

Je suis hypersensible


Hypersensible. J'ai toujours cru qu'être hypersensible, c'était pleurer pour un rien. Mais en fait, c'est bien plus complexe que ça. Et c'est en lisant des articles sur l'hypersensibilité que j'ai eu une révélation : je suis hypersensible. Je me suis reconnue 9 fois sur 10 dans les points qui démontrent que je le suis.

01. Petite, je pleurais très facilement. Lorsque j'étais réprimandée pour des futilités. Lorsque Papa me disait "Lève ton coude" lors du repas. S'il le répétait 3 fois, je me mettais à pleurer. J'ai d'ailleurs en mémoire l'une de ses réflexions "Arrête de pleurer, tu n'es pas un bébé" alors que j'étais au collège. Je n'ai pas été vexée. J'étais seulement triste de (lui) donner cette image.

02. Je pense toujours aux autres et très rarement à moi. Je me soucie de mes proches et je n'aime pas que l'on se soucie de moi. Je préfère écouter leurs problèmes que de leur raconter les miens. Je me plains souvent sur Internet mais je n'aime pas que l'on me plaigne dans la vie réelle.

03. Je n'aime pas les endroits bruyants, où il y a foule. Moins y a de monde et mieux je me sens. Non pas que je sois sauvage mais j'aime les endroits restreints. Et puis, sourde d'une oreille, ça m'aide à mieux discuter bien que je sois plus à l'aise à écouter qu'à parler.

04. Je me rends presque malade à ne pas savoir l'avis des autres. Que ça fasse mal ou non, j'aime savoir. J'essaye de tout faire pour plaire et si ça n'a pas fonctionné, je le vis assez mal. Je m'en veux beaucoup. Je suis également très têtue avec les "Pourquoi" sans réponse. Je vais tout faire pour avoir une réponse ou que l'on me donne une réponse à mes pourquoi.

05. Dans le même genre, je peux être affectée durant plusieurs jours pour un commentaire sur un de mes articles ou de mes photos. La dernière fois, ce fut pour un compte-rendu avec une association animale. Je me suis fait insulter par des anonymes. J'ai été très mal jugée. Ca m'a peinée/angoissée durant plusieurs jours. Alors que bon, j'avais conscience que ces personnes avaient tort sur ma personne et qu'en plus, c'étaient des anonymes. J'aurais dû en avoir rien à faire mais non. Ces personnes m'ont gâchée quelques jours.

06. Je préfère 100 fois plus aller courir à reculons dans les rues de ma ville plutôt que d'aller dans une salle de sport. Pas la peur du regard (un peu quand même) mais surtout parce que je ferai tout pour faire au mieux pour les autres afin d'être jugée le plus positivement possible. Une fois de plus, l'avis des autres compteront plus que mes envies, mes choix, mon bien-être.

07. Je pleure très facilement. Ça s'est accentué avec l'âge. Combien de fois, ado, je me moquais de ma mère qui versait sa larme devant un film et pas moi. C'est à mon tour aujourd'hui. Je pleure pour des choses tristes comme heureuses. Et j'aime ça. Ca me prouve intérieurement que j'ai du coeur.

08. Je suis une angoissée de la vie. Dieu merci, je n'ai pas (encore) hérité des crises d'angoisses et j'évite les antidépresseurs. Le lâcher prise, je ne connais pas. J'angoisse pour un rien, pour tout, très souvent.

09. Je suis souvent en colère contre moi pour des conneries. Genre, la fois où j'ai mis des pizzas (industrielles, hem hem) au congélateur alors qu'il ne fallait pas. Je m'en suis voulue toute la soirée d'avoir gâché de la nourriture et quelques euros. Je crois bien que j'en avais les larmes aux yeux. Je déteste gaspiller. Oui, ça peut arriver à tout le monde. Oui, il n'y a pas mort d'hommes mais moi, je le vis mal.

10. Je suis plus efficace seule qu'à plusieurs. Je me concentre mieux, je suis calme, je prends le temps de réfléchir afin de faire au mieux une tâche ou dire des choses. Et puis, je ne suis pas jugée.

11. Je suis très sensible aux bruits et aux odeurs. Je ne supporte pas les gens qui reniflent et qui traînent des pieds. Tout comme ceux qui mettent le son fort de la télé ou de la radio. Devoir crier pour parler, ça m'énerve. Et je n'aime pas les odeurs fortes de cuisson (oignon, chou, poireau, etc...).

12. J'ai eu ma période Mère Teresa lorsque je vivais à Paris. J'étais prête à donner de l'argent à tous les clochards/roumains que je croisais. J'aime aider et faire plaisir même si moi-même, je suis dans le besoin. Si je ne peux pas ou n'y arrive pas, c'est un échec que je vis mal. Je peux être malheureuse et manquer de certaines choses, le sourire des autres passeront avant le mien.

13. Je m'énerve très vite (mais jamais sans raison), souvent contre moi-même. Rarement envers les autres. Je me critique beaucoup, vraiment beaucoup.

Et en vrac : Je coupe toutes les étiquettes de mes vêtements juste après les avoir acheté. Je ne supporte pas l'injustice. Je me sens très seule. J'admire les personnes qui cassent la normalité (personnes entièrement tatouées, habillées en manga au quotidien etc.). Je n'aime pas les lumières criardes mais je n'aime pas non plus vivre dans une pièce sombre. Je suis très curieuse de la vie, je m'intéresse à tout. J'ai besoin d'être aimée tout en remettant continuellement en doute les attentions/paroles des proches. J'ai un sommeil agité depuis des années et je cauchemarde beaucoup sur mon passé.

Je me suis rendue compte en rédigeant cet article que j'avais plus de points communs avec l'hypersensibilité que je ne le pensais. Je me suis également rendue compte que certains points ne me parlaient absolument pas. La caféine n'a aucun effet sur moi. Je ne rentre pas dans des colères imprévisibles. Et je ne suis pas du tout créative (quel énorme regret !). Par contre, en évoquant ces points, je n'ai pas toujours su si c'était dû à de l'hypersensibilité ou un mélange de complexe/pudeur/manque de confiance. Je pense que c'est un tout. Le fait que l'hypersensibilité ne soit pas une pathologie mais un trait de notre personnalité. A vous d'en faire une force ou une faiblesse. Pour ma part, bien que certaines choses m'handicapent beaucoup dans mon épanouissement personnel, affectif, physique et professionnel, je suis plus fière qu'honteuse de ce que je suis.

Attraper les rêves



J'étais persuadée d'en avoir fait un article mais il faut croire que c'était dans mes rêves.

Ah ah ah...

En fait, j'en avais fait une très rapide et médiocre promo sur Instagram pour parler du travail de l'amie Séverine de "Une pointe d'épices" qui m'a offert ce magnifique attrape-rêves lors de notre première rencontre physique à Pâques dernier.

J'ai ENFIN eu l'occasion d'en faire des photos, à la hauteur, je l'espère, de son travail.



Lorsque j'ai demandé à Séverine qu'elle me fabrique un petit quelque chose qui parle autant à Fred qu'à moi, elle a sauté sur l'occasion en m'offrant cette réalisation. Une petite ébauche avant l'ouverture quelques jours plus tard, de "Atelier Menthe boisée" tenu par Adeline.

Une chouette collaboration qui a donc débuté le 25 avril dernier (magnifique date (qui ne me rajeunit pas)) où Adeline vous propose différents attrape-rêves qui sont, personnalisables, autant pour les grands que pour les petits !

L'attrape-rêves a été réalisé suivant mes goûts. C'est-à-dire : le plus naturel possible. Je souhaitais un bois non peint, de la ficelle blanche et des plumes naturelles. Vous l'aurez compris, vous pouvez demander de fausses plumes fluos avec un bois peint dans vos goûts. Je vous l'ai dit : Séverine (qui s'occupe de tout ce qui est bois) et Adeline (qui s'occupe du reste) sont à votre écoute pour une réalisation personnalisée et donc, unique !

Mon attrape-rêves mesure 20cm de diamètre au niveau du cercle et compter 80cm de long. Je ne saurai vous donner son prix puisque tout dépendra des dimensions et matériaux choisis. Pour vous donner une meilleure idée, je vous invite à vous rendre sur le shop d'Atelier menthe boisée. Ou mieux, vous rendre sur la page Facebook où Adeline vous répondra volontiers sur vos souhaits créatifs !







Alors non, Fred et moi ne nous sommes pas mariés il y a bientôt 7 ans. C'est juste la date de notre rencontre. D'ailleurs, il ne l'appelle pas "attrape-rêves" mais "pense-bête" puisqu'il ne retient jamais la date. En plus, il est accroché au-dessus du lit, de son côté.

Ah les hommes...

PS : Blogger qui bousille la qualité des photos lors de la redimension, merci bien...