Il me manque toi

lundi 19 octobre 2009 Ingrid | Mémorables oublis 11 Comments

On a beau se préparer à la mort d'un proche mais quand le moment arrive, tout s'effondre. On pense être fort, que les semaines précédant ce départ nous auront aidé à vivre cet instant. Mais rien ne peut empêcher les larmes qui accompagnent les adieux. Ça me rappelle mon Tonton Charles. Quand il nous a quitté, j'avais 12 ans. J'étais encore jeune pour comprendre la mort, comprendre les adieux et donc, trop jeune pour réellement en souffrir. Cela ne m'a pas empêché quelques années plus tard de très mal le vivre. Je m'en suis voulue de beaucoup de choses : ne pas avoir assisté à son enterrement, ne pas être allée le voir à l'hôpital. J'en ai même voulu à mes parents. Pourtant, je savais très bien qu'ils voulaient me protéger mais à cet âge, on a pas forcément l'idée ni le courage de dire "je veux profiter de ces derniers moments avec lui". D'ailleurs, j'ai appris il y a seulement 2 semaines, en discutant avec Maman que Tonton était en soins palliatifs. Il était entourés de tubes, respirait avec une machine. Je comprends mieux maintenant pourquoi ils refusaient que j'aille le voir. Depuis 18 ans bientôt, il ne se passe pas un jour sans que je ne pense à lui. Il me manque toujours autant. Mais la crainte de ne plus me souvenir, me terrifie. A cette époque, on ne faisait pas de photos et encore moins de vidéo. Il me reste une quinzaine de clichés jusqu'à mes 6/8 ans. Je n'ai que ça pour me souvenir. Je ne me souviens plus du son de sa voix. Son sourire reste très flou dans mes pensées. Ce que je retiens plus facilement de lui sont les habitudes : chaque dimanche, on allait à la boulangerie à Raon, où j'avais droit à quelques bonbons. C'est aussi ce jour-là où l'on regardait la finale du Juste prix. Il avait toujours la goutte au nez. A cette époque, ça me répugnait. Aujourd'hui, ça me manque de ne plus avoir la joue mouillée lorsqu'il me faisait la bise. Il me reste aussi en souvenirs, des choses matérielles. Sa voiture bordeaux, une Citroën. Sa calculatrice avec laquelle je jouais à chaque occasion. J'étais censée l'hériter. Ça m'a attristé quand j'ai appris qu'on l'avait jeté. Il y a aussi son fauteuil en cuir avec son dossier amovible où je faisais comme Joey et Chandler. Mais surtout je me souviens de sa maison. Trop grande pour lui seul, il en louait une partie. C'est ainsi que Maman et Papa ont emménagé chez lui. Maman avait fait de lui son grand-père qu'elle connaissait depuis son enfance. Je me souviens de cette porte blanche au milieu de ce long couloir sombre. Je l'empruntais tous les jours. En fait, nous vivions ensemble sans démarcation. Nous étions une famille. Il était notre famille. Homme sans femme ni enfant, il nous avait adopté. Ayant déjà deux grand-pères, on m'avait appris à l'appeler Tonton Charles mais son rôle fut bien plus que ça. Aujourd'hui, des amis à mes parents occupent la maison. Ils vivent dans la partie de Tonton et louent la notre. J'y suis allée qu'une fois. Ce fut trop dur. Presque 10 années s'étaient écoulées, beaucoup d'aménagement ont eu lieu mais ce fut trop. Trop car j'ai eu l'impression qu'on volait l'intimité de Tonton et la mienne. Je n'arrive toujours pas à accepter que des étrangers vivent dans cette maison, mangent dans cette cuisine qui ne ressemble plus du tout à celle que j'ai connue. Ils ont même détruit la grange où la Citroën passait ses nuits. Le jardin n'a plus le même visage et la balançoire a été enlevée. Bientôt 18 ans qu'il est parti, c'est autant d'années de souffrance. Une chose est sûre : que l'on soit préparé ou non à la perte d'un proche, peu importe le temps qui s'écoule ensuite, jamais on ne se fait à cette absence. On vit avec mais elle ne nous quittera jamais. Quant aux souvenirs, même s'ils s'amenuisent au fil du temps, les plus beaux, les plus forts, eux, ils restent. Mes pensées vont à Audrey...

11 commentaires :

  1. Magnifiquement bien écrit! J'adore.
    Je me retrouve parfaitement dans ce texte!
    Courage ma Sholdi!
    Bisous

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  2. rah j'ai pensé à audrey tout le weekend, et à mes proches aujourd'hui disparus. C'est triste j'espère qu'elle surmontera ça comme il faut.

    C'est tres bien écrit en tous cas...

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  3. DORO // Merci ma Doro ! J'ai pensé à ton texte sur ta grand-mère...

    STEPH // Tout pareil, depuis son article de vendredi, j'ai pensé à elle et à ma relation avec mon Tonton. Ce qui m'a valu cet article plein de nostalgie...

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  4. Je ne vais pas te contredire car je suis aussi de nature très nostalgique, je suis très attachée à mes souvenirs et au passé. Parfois je me dis que ce n'est pas forcément une bonne chose parce qu'il vaut mieux aller de l'avant... Mais c'est pas toujours évident !
    Je ne connais pas Audrey mais je suis sûre qu'elle sera très touchée par ton texte si elle passe par ici.

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  5. C'est un tres beau texte.
    trés touchant.

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  6. Bel hommage : Magnifiquement bien rédigé.

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  7. ANNOUCHKA // Je vis beaucoup avec le passé et oui, ce n'est pas une bonne chose car ça nous freine pour avancer, aller de l'avant er profiter de la vie. Audrey fait partie de mes liens (Audrey & Co).

    LA PERCHEE & JEREMY // Merci beaucoup à vous deux ! Ca me touche.

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  8. _ Il est vrai que lorque l'on est jeune, nous n'avons pas la même réaction que les adultes lors de la disparition d'un proche. Quand j'ai perdu mon père, j'avais quatorze ans. J'étais adolescente, « un peu trop mature pour mon âge » comme mes proches savaient tant le répéter et pourtant, malgré tout, je n'ai pas réagi à la mort de mon père. D'ailleurs, je n'ai pas non plus réagi durant sa maladie. Je voyais ma grande soeur verser des tonnes de larmes, vivre seulement pour mon père durant toute sa maladie, et moi, à côté, je faisais ma vie, le sourire aux lèvres. A mes yeux, la maladie n'était pas alarmante, on ne me l'arracherais pas du jour au lendemain. Je me souviens avoir pleuré le matin quand le téléphone a sonné et que nous avons appris son décès. J'ai versé toutes les larmes que je n'avais pas versées auparavant. A présent, il est rare que je pleures quand je pense à mon père, d'ailleurs il est rare que j'y pense. Peut-être une sorte de « blocage de mes émotions » . . .

    Enfin, tout ça pour te dire que je te comprends ♥. Toutes mes condoléances, avec dix-huit ans de retard (( mais ne m'en veux pas, je naissais seulement à l'époque =) )). Bisoux Bisoux ♥.

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  9. Tu me fais penser à une amie. Elle a perdu son Papa. Durant sa longue et douloureuse maladie, elle vivait sa vie. Mais le jour où il est mort, elle s'est lâchée. Elle n'avait pas conscience ou se voilait la face, je ne sais pas trop. Elle en a fait de la dépression... Chacun réagit différemment dans ces moments-là. Je sais que moi, je le vis au jour au jour...

    Et je ne t'en veux pas, merci :p

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  10. Je comprends tout à fait même si je n'ai pas vécu cette chose.

    Moi j'ai vécu mon enfance avec mes parents et ma grand paternelle.au final je ne me suis jamais vraiment remise du départ de ma granny (2001)qui pour moi a été tellement plus que ma propre mère, voir même qui a été ma mère.

    bises

    bonne nuit

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  11. Bah tu as vécu ce que Maman a vécu. Pour elle, son père, c'était Tonton. Il lui a apporté bien plus en affection et éducation que son propre père et son beau-père... Pour ça que Tonton est la preuve que les liens du sang de sont pas toujours aussi forts que les liens du coeur...

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