Vivement...

jeudi 26 novembre 2009 Ingrid | Mémorables oublis 13 Comments

Ce mot raisonne souvent dans ma tête. Les jours passent, les épreuves se durcissent et il prend sa place de plus en plus dans mes pensées. Vivement... Vivement la fin. Qu'il soit placé mais pas forcément qu'il meure. Oui. Je parle de mon père. J'en n'ai pas honte. Je le pense. J'assume ce que je ressens. Personne ne peut imaginer ce que ma mère, mon frère et moi endurons quotidiennement sauf ceux qui ont un parent dans le même état que Papa. C'est un combat quotidien où la patience et les nerfs sont poussés à bout. Le moral en prend un sacré coup. La fatigue se fait de plus en plus présente. Une fatigue morale. La dépression n'est pas loin, en chacun de nous. Et pourtant, on prend énormément sur soi. On sait que c'est la maladie. Mais elle est plus forte que nous. On n'arrive pas toujours à la supporter. Nous sommes des humains avant tout. Nous ne sommes pas programmés pour subir en silence, sans souffrance, la maladie et ses inconvénients. Nous aussi nous avons le droit de montrer nos faiblesses. Et pourtant, on a besoin de nous. Il a besoin de nous. Vivement... Vivement qu'il ait l'âge pour être pris en charge. Le gouvernement a compris qu'il fallait faire quelque chose en vitesse pour les atteints de la maladie d'Alzheimer. Mais la Sécurité sociale ne prend pas en compte ceux qui ne sont pas dans une certaine catégorie d'âge : les vieux. Papa approche de ses 56 ans. Le placement est encore loin. Ca peut durer encore longtemps avant que ce jour arrive. La maladie peut progresser très lentement ou au contraire, rapidement comme ce fut le cas depuis cet été. Ce matin, une heure. Seulement 60 petites minutes auront suffit pour que Papa devienne exécrable. 60 minutes où l'on a cherché ce qui a bien pu se produire dans sa tête pour que son humeur tourne au noir. Ce sont des questions qui resteront sans réponse. Ainsi que pour lui-même. Je n'aurai pas la force d'aller jusqu'au bout. Je me sens et me sais incapable. Je suis déjà fragile psychologiquement avec mes propres problèmes. Alors avec ceux de mon père, c'est sans espoir. Je lutte. Je souffre en silence mais je lutte. Maman et Dimitri souffrent également. On le sait tous les 3 mais on ne le montre pas. C'est une souffrance que l'on vit chacun de notre côté, en silence. Nous sommes unis malgré tout. On se soutient mutuellement mais il y a quand même une certaine pudeur. Vivement... Vivement que je me trouve un travail. Que le poids financier s'enlève de nos soucis quotidien. Ce sera toujours ça de pris. Il y a quelques mois, je songeais sérieusement à partir loin. A Paris. Fuir mon père et sa maladie. Mais aujourd'hui, c'est impossible. Je ne peux pas me résigner à abandonner ma mère dans cette situation. Je sais que je dois penser à moi. Que je n'ai que 27 ans. Que j'ai ma vie à faire, à construire. Mais ma vie, c'est aussi ma mère et mon frère. Je n'ai pas à me préoccuper de leur vie mais je ne peux pas non plus les abandonner. Fuir n'est pas une solution. Nier non plus. Ce n'est vraiment pas le moment de partir. Je connais très bien Maman. Elle sait qu'il est malade alors elle encaisse. Elle prend sur elle, ne fléchit jamais. Elle fait tout pour éviter toute dispute, provoquer un changement d'humeur. En vain... Elle se réfugie dans la restauration de vieux meubles. Ça lui occupe l'esprit. Puis elle aime ça. C'est son antidépresseur à elle. Mais elle m'inquiète. Combien de temps va-t-elle encore tenir ? Elle a tellement de poids sur les épaules. Elle ne demande pas mieux à ce que je quitte la maison. Que je n'aie pas à subir, tout comme mon frère cette épreuve de la vie. Mais je suis sa meilleure amie. Je suis sa bouffée d'oxygène. Je suis celle qui lui donne le sourire dès le matin au réveil. Car je suis là et ma présence l'aide à tenir. Elle me répète souvent ainsi qu'à ceux qui veulent l'entendre "Heureusement que j'ai mes enfants sinon je deviendrai folle". Le soutien familial et amical, on ne connait pas. Elle ne me fait aucun chantage affectif. La décision vient de moi seule. Tant que Papa sera là, sous ce toit, je ne peux faire ma vie ailleurs qu'ici. Dans une ville, une région qui me rendent malheureuse. De toute façon, où que j'aille, je ne serai jamais heureuse. La maladie nous a énormément rapproché. Nous sommes plus qu'unis dans cette épreuve. Mais malgré tout, vivement que ça cesse. Vivement...

13 commentaires :

  1. Ton texte me parle particulièrement car le père d'une amie a aussi cette maladie... c'est un des plus jeunes malades de France, à seulement 53 ans ... La maladie s'est déclarée à 51 ans.

    Ton billet est très touchant.
    Courage.

    Je crois qu'on n'est jamais vraiment préparé à subir la maladie de quelqu'un de proche.

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  2. "Nous ne sommes pas programmés pour subir en silence, sans souffrance, la maladie et ses inconvénients." Pourquoi ne pas dire ce que tu penses? Au final:
    1) il est de mauvaise humeur, tu ne dis rien, ca te bouffe
    2) il est de mauvaise humeur, tu le lui dis, tu t'expliques, tu argumentes, ca te bouffe (mais différemment)

    L'idée n'est pas de céder à la colère, mais bien d'argumenter ton propos. Il est peut-être malade, ca ne l'empêchera pas de comprendre. Un peu comme un enfant. Essaie sans aller dans des détails et etats d'âme (il s'en foutra) de lui montrer où sont les limites.

    Ce n'est qu'un conseil. Dans tous les cas, bon courage!

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  3. MISS BROWIE // Mon père a été déclaré à 53 ans. Mais quoi qu'il en soit, c'est vraiment très tôt pour une maladie qui est censée touchée les personnes âgées. Je souhaite bien du courage à ton amie et ses proches...

    JULIEN // Je comprend ton attention dans ton commentaire et je t'en remercie comme toujours. Mais Papa, on peut rien lui dire. Même si tu pèses tes mots, lui expliques les choses calmement, ça peut suffire pour le basculer dans sa mauvaise phase. Les personnes comme ça deviennent très rapidement hargneuses. Elles ne supportent pas d'être contredites, qu'on leur fasse la moindre petite remarque.
    (au fait, merci pour ton message sur MSN mais je m'attends plus à des p"tits mots sympa qu'un "j'ai supprimé ton message sur mon mur" :p).

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  4. Je ne savais pas que la maladie d'Alzeimer pouvait toucher des personnes si jeunes. Ma grand-mère l'a et même si c'est dur, cela parait plus "normal".
    Je te souhaite vraiment bon courage.

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  5. Ma grand-mère est décédée l'année dernière de la maladie d'Alzeihmer, qu'elle a supporté pendant presque dix ans. Je l'ai vue disparaître petit à petit, elle était présente physiquement mais elle me manquait, en face de moi je n'avais plus la même personne et c'était comme si je l'avais perdue. C'était difficile pour toute la famille, elle a fini par être placée les deux dernières années.
    Je sais à quel point c'est dur, ton père est vraiment jeune et ne méritait pas ça. Je t'envoie toutes mes pensées, mais ne t'oublie pas quand même dans tout ça, je suis sûre qu'il n'aimerait pas savoir que tu abandonnes tes projets pour lui ;)

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  6. oh lala, en te lisant je me reconnais que trop bien. la relation que tu as avec ta mère est la même que celle que j'avais avec la mienne, jusqu'au jour où je me suis sauvée. non pas dans le sens de fuir parce que si je suis partie de la maison je n'étais pas loin et nous avions un contact quotidien mais bien dans le sens où si je n'étais pas partie ça n'aurait plus pu continuer.
    en plus de la douleur qu'elle a de voir son mari malade, elle doit aussi porter la douleur et la culpabilité de voir que ton frère et toi souffrez aussi.
    faire son bonheur ce n'est pas forcément rester avec elle mais ça peut être partir (pas trop loin, pour lui offrir des bouffées d'oxygènes régulières).

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  7. Ma pauvre, endurer tout ça et tous les jours, surtout toi qui n'a pas encore réglé tes problèmes fiscaux/professionnels, je trouve ça triste. Tu dois affronter ça au quotidien, et ta mère aussi. Elle doit regarder son mari s'éloigner et changer de jour en jour, et ressentir une telle impuissance. Je comprends qu'elle se réfugie dans un loisir, ça lui change les idées et lui donne la force de continuer.

    Quelque part c'est bien que tu restes avec elle, même si elle n'ose pas te le dire de peur de te forcer a rester, elle doit avoir besoin de toi à ses côtés.

    courage Ingrid!

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  8. _ Je comprends, ça doit être dur pour toi ma petite Ingrid . . . La maladie brise tout de même pleins de choses, je sais. Je ne te connais pas beaucoup, mais je sais que tu as un grand coeur. D'ailleurs, pour avoir la force de rester auprès de ta mère, c'est une preuve d'amour magnifique. Tout à ton honneur ; mais pense à toi aussi. Penses à ta vie, ta futur famille (( 0ui, pleins de petites Ingrid ♥ )). Je te souhaite pleins de courage ♥.

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  9. Juste un petit mot pour te souhaiter du courage, car il semble que tu en aies bien besoin...

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  10. Courage. C'est pas facile mais je pense que tu as fait le bon choix, de soutenir ta famille.

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  11. Je connais bien la maladie, mais pas dans le même sens, car en ce qui me concerne c'était moi la malade. Alors biensûr ce n'est pas la même pathologie qu'Alzheimer.

    Mais je sais aussi que pendant mon cancer, pendant mes chimios j'étais éxécrable!! Je me défoulais sur eux, je m'en prenais à eux... Et je sais que ce ne fût pas facile, car eux prenaient sur eux justement pour satisfaire toutes mes volontés, pour me soutenir sans relâche et surtout pour ne pas me montrer la peur qu'ils avaient de me perdre...

    Je te souhaite beaucoup de courage, c'est dur et je crois que ta "réaction", ton ressenti sont normaux!

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  12. Je ne peux que te souhaiter courage, ta réaction est normale, j'imagientrès bien ce que ca doit faire. Ca doit être terriblement difficile de vivre cette maladie, pour tout le monde.

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