Je suis ta fille

mercredi 26 mai 2010 Ingrid | Mémorables oublis 5 Comments




Il est loin le temps où je lui demandais une date plutôt que de chercher dans le calendrier. Il est loin le temps où je lui demandais une orthographe plutôt que de passer par le dictionnaire. Il est loin ce temps... Hier, j'ai dû faire manger Papa à 11h30 car il partait plus tôt que d'habitude à une sortie vélo. Il était perdu dans les horaires. Répéter sans cesse la même chose. Lui expliquer où sera la grande aiguille et que devra-t-il faire à ce moment-là. Il pensait manger à 11h30 pour partir à midi alors que le départ était à 13h. Du coup, il a mangé en vitesse... Son état s'est un peu dégradé depuis le début de l'année. D'un coté, il fait beaucoup moins la tête. Ca fait un bien fou à tout le monde. Mais certaines choses ne reviendront plus à la normale : lire l'heure et la comprendre. On doit lui laisser un mot chaque matin pour lui dire s'il a RDV ou non chez l'orthophoniste, lui donner la somme dont il a besoin pour acheter le pain. Là, il doit faire le jardin. L'année dernière, il savait encore se débrouiller tout seul. Maintenant, il a besoin de Maman. Savoir quoi planter et quand, comment s'y prendre etc... C'est une chose qu'il fait depuis 30 ans et voilà qu'il ne se souvient plus. Par contre, il arrive encore à nous épater. Il a fait une marche à 60 km de chez nous. Une route qu'il n'emprunte jamais sauf pour ce rendez-vous annuel. Il n'a pas eu besoin de la carte, il savait parfaitement l'itinéraire... Lorsqu'on voit Papa occasionnellement, les gens ne se rendent absolument pas compte qu'il est malade. C'est une maladie qui ne se voit pas, elle se vit. Bien sûr il peine à trouver ses mots parfois. On a mal au coeur car il bataille et nous, on tente de l'aider comme on peut. Le plus dur c'est qu'il a conscience de son état mais ne se laisse pas abattre. Hormis ça, il reste encore quelqu'un de parfaitement valide. Dire qu'il y a certaines personnes, pour ne pas dire sa propre famille, qui ont osé dire que je ne l'aimais pas et souhaitais sa mort. Une interprétation à leur sauce afin de me blesser, nous blesser. Une fois de plus. Ils n'ont rien compris et ils n'ont rien à comprendre. Ces personnes ne savent pas de quoi elles parlent, de ce que je dis. Il faut le vivre, le sentir. Et ce que je ressens chaque jour, c'est cette peur grandissante, des noeuds au ventre, les larmes retenues, où je devrais lui faire rappeler : "Je suis ta fille".

5 commentaires :

  1. Cet article me touche beaucoup, même si personne dans mon entourage ne connaît cette situation. Parfois j'y pense et je me demande comment je pourrais réagir, si j'en aurais la force.
    Je suis de tout cœur avec toi, même si on ne se connaît pas dans le fond. N'écoute pas ce que disent les autres, tu m'as l'air d'être vraiment une belle personne, d'après ce que je lis de toi, à travers ce blog.

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  2. Courage Ingrid, profite du moment où il a encore conscience du fait que tu sois sa fille, par exemple.
    Ce n'est pas une situation facile et j'aimerais trouver quelque chose de mieux à te dire pour te remonter le moral...
    N'écoute pas les autres, ils n'ont aucun intérêt, ce genre de personne n'est là que pour "foutre la merde".
    Ton article est vraiment beau et touchant.
    Bonne journée

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  3. Je suis extrêmement émue par ton article. Je ne comprend pas que certaines personnes puissent tenter de vous blesser par des mots aussi bêtes et méchants. Tant que l'on ne vit pas cette situation, on ne peut pas la comprendre et j'imagine que cela ne doit pas être la joie au quotidien... Malgré la maladie, il reste ton père et je ne vois pas pourquoi, tu l'aimerais moins!
    En tous cas, je t'envoie plein d'ondes positives et plein de courage!
    Bonne journée!

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  4. Gros courage, ça doit vraiment être difficile à vivre.
    Ton article sur ton père m'a ému, comme beaucoup d'autres.
    Lorsqu'une malade touche une personne de notre famille, ça affecte toute la famille.
    Malgré la maladie, tu restes là et là c'est essentiel, pour toi mais surtout pour lui.

    Bisous

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  5. TOUT LE MONDE // Merci pour vos commentaires. Ce ne sont que quelques mots mais c'est très touchant de lire ce genre de choses... Je suis d'autant plus touchées lorsque ça vient de personne que je ne connais pas ou alors, uniquement par internet (nos blogs).

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