Philippe Bouvard, c'est mon papy

lundi 21 juin 2010 Ingrid | Mémorables oublis 7 Comments


Mais seulement en apparence. A chaque fois que je vois Philippe Bouvard, sur une photo ou à la télé, je pense directement à mon grand-père paternel. La même bouille, la même coiffure, une petite taille mais pas aussi enveloppé. Pépère comme je l'appelle. Ou plutôt l'appelait. Non, il n'est pas mort. Il est toujours de ce monde mais je ne le vois plus. C'est ça qui est triste. Lorsque j'ai décidé de couper les ponts avec la famille, j'ai dû couper les ponts avec lui également. Il est la seule personne qui me manque. Le seul qui peut me mettre les larmes aux yeux lorsque je repense à cette famille. A mon enfance passée chez lui durant les vacances et les mercredi de repos scolaire. Il est le seul dont je garde de si beaux souvenirs. Lui qui est très discret, qui est plus spectateur qu'acteur, il avait toujours 2/3 boutades à sortir. Lorsqu'il mettait ses gouttes dans les yeux, qu'il m'appelait Julie car j'aimais ce prénom, petite. Ou bien quand je refusais de manger quelque chose, il me disait souvent "Tu resteras petite comme ta mamie, jamais grande comme ton pépère". En fait, il était petit et elle, grande. C'était son humour. Il me faisait rire et c'était avec joie et impatience que j'allais le voir. Lui, toujours assis dans son canapé à regarder Des chiffres et des lettres puis ensuite Questions pour un champion et il retrouvait les infos régionales de France 3 après le dîner de 19h. Et je ne vous parle pas de Premiers baisers qu'il regardait souvent en attendant d'avoir mieux. Il était devenu incollable. J'en rigolais tellement c'était irréel de le voir regarder une série de pré-ados et d'en savoir autant. J'ai également en mémoire sa mobylette orange et son casque bleu lorsqu'il partait chaque matin en courses. Il ramenait parfois des gâteaux du Lidl immangeables. Je l'ai accompagné parfois dans les champs cueillir des feuilles de pissenlits et des champignons des prés. Une fois, on était dans un champ où il y avait des vaches. Je n'étais pas rassurée et il se fichait d'elles, lui entrain de remplir les gros sacs Kiabi de champignons. Je me souviens encore des longues ballades qu'il faisait quotidiennement, mains dans les poches. Ses yeux bleus que Papa a hérité, et ensuite moi. Il a été boulanger/pâtissier et les seuls desserts qu'il faisait depuis sa retraite étaient destinés à ses lapins (sauf le fameux pâté lorrain). Lors d'un exposé sur la 2nde Guerre Mondiale, je suis allée lui demander s'il était d'accord pour m'en parler. Il a tenu quelques minutes puis s'était excusé de ne pas pouvoir continuer. Ce moment m'avait beaucoup émue. Les rares fois où il est venu manger seul à la maison, il prenait toujours un chat sur lui. Il adore les bêtes. Il est heureux avec, à les avoir sur ses genoux, les caresser. J'ai de lui quelques photos lorsque c'est moi qui étais sur ses genoux. Je n'ai d'ailleurs pas eu la force d'aller en chercher une dans l'album de mon enfance pour illustrer cet article... Il fallait s'en douter. J'ai les larmes aux yeux et le sourire aux lèvres. Il me manque. Onze ans que je ne l'ai plus revu. Onze années qu'il habite à 2km de chez moi mais je ne peux pas aller le voir. Car elle est toujours là. Sa femme. Celle qui m'a fait souffrir durant des années. Je ne peux pas l'appeler. Ce n'est jamais lui qui répond au téléphone. Parfois, je cherche à promener le chien en ville de bon matin dans l'espoir que je le croise. C'est arrivé une fois. Il était devant moi, au loin. Je n'ai pas eu le courage d'accélérer le pas pour le rejoindre. J'avais le coeur qui battait fort, je retenais mes larmes. Lui, dans sa démarche que je n'oublierai jamais, était à quelques mètres de moi, de dos. Je savais que je tomberais en larmes si je me retrouvais face à lui. Voire même tomber dans ses bras. J'étais redevenue la petite Julie qui voulait sauter au cou de son Pépère comme pour lui dire bonjour. Mais la pudeur de mes 27 ans m'en a empêchée. Je le connais assez pour savoir qu'il ne me reprocherait pas ce départ, cette longue absence et ce silence pesant. Je sais qu'il serait content et peut-être ému de me revoir. Je sais surtout qu'il comprend mon départ et qu'il en souffre, en silence, dans son coin. Je sais aussi que si l'occasion ne se représente pas, la prochaine fois où je le verrais, ce sera à son enterrement ou devant sa tombe. Et rien qu'à cette pensée, je suis en colère. A cause d'eux. Par leur faute, ils l'ont arraché à moi. Et rien que ça, je ne le leur pardonnerai jamais. Et lorsqu'il quittera ce monde, je serai là pour lui dire au revoir. Seule, au fond de l'église à pleurer cet homme qui m'a apportée rires et jolis souvenirs. Cet homme qui ne se doute pas un instant combien la vie de sa petite Julie est parfois dure sans lui...

7 commentaires :

  1. Ton texte est très émouvant... je ne sais quoi te dire, sinon que je comprends ta tristesse. J'espère qu'un jour tu auras cette chance de le croiser, de renouer des liens sans les autres et de partager de nouveau de magnifiques moments avec lui.
    Bonne journée et bon courage!

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  2. Je le dis une fois pour toutes, parce qu'à chaque fois je le pense tout en me disant que je ne vais pas faire un commentaire juste pour ça mais tu as vraiment le don de choisir les photos pour tes textes toi...

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  3. LALYDO // Merci beaucoup ! Avec le temps, on s'y fait ;)

    PRISCI // Merci surtout aux personnes qui font ces magnifiques photos !

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  4. Quelle force ces quelques lignes. Moi qui chérissais plus que tout mon grand père j'ai été émue aux larmes... Je suis sans voix.

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  5. SOOHCLICHE // Ce n'était pas mon but mais je suis touchée que mon texte ait ému d'autres personnes que moi...

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  6. Emue aux larmes également, il faut que tu ailles le voir, tu vas le regretter toute ta vie sinon...

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  7. LEETLISA // J'ai déjà ce regret de l'avoir abandonné et je m'y suis faite ;)

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