[13] Le mystère du lundi

lundi 6 septembre 2010 Ingrid | Mémorables oublis 5 Comments


Nous ne sommes pas nées ensemble et pourtant, j'ai l'impression que nous nous sommes toujours connues. Tu fais partie de moi et je crois bien que personne d'autre ne pourra être aussi fusionnelle que tu l'es avec moi. Une chose est sûre : jamais tu t'en iras. Il faut jamais dire jamais ou toujours mais dans ce cas présent, tu es ma seule et unique certitude. Tu fais partie de ma vie, de ma personnalité, et pour rien au monde je me séparerais de toi. Avec toi, je suis une personne à part. Ca tombe bien moi qui n'aime pas être et faire comme tout le monde. Tu es mon handicap tout autant que mon atout. Tu as grandi avec moi et tu mourras avec moi. Rien n'y personne ne changera le cours des choses. Je m'y refuserai. Tu m'appartiens de toute façon. Et même si durant quelques années tu as été un poids, aujourd'hui tu es une force. Je te protège du mieux que je peux car tu m'es indispensable, vitale, précieuse. Même par amour, même par argent, je ne t'abandonnerai pas. Tu m'accompagnes chaque jour de ma vie. Ce n'est pas pour autant que je pense à toi quotidiennement. Nous sommes comme des siamois qui s'habituent à la présence de l'autre. Il arrive toujours un moment où lorsque je rencontre quelqu'un, je ne peux m'empêcher de parler de toi. Par habitude, par obligation. Car toi et moi, nous faisons qu'un. Du coup, les gens sont curieux. Ca les fait sourire, ça les questionne. Ils veulent en savoir plus. Non pas que j'en joue mais j'aime bien en parler car ça me rappelle que je ne suis pas comme tout le monde. J'ai ce petit quelque chose que beaucoup d'autres n'ont pas. Je n'en fais pas une fierté pour autant et personne ne m'envie. C'est juste que la vie a fait que tu es dans ma vie et maintenant que je t'ai accepté, je ne veux plus te perdre. Et ça fait 22 ans que ça dure...

Je suis sourde de l'oreille droite suite à une méningite mal soignée, à 6 ans. 96% de surdité. Maintes fois on m'a parlée de prothèses et de chirurgies mais à chaque fois, je refuse. Durant ma jeune scolarité, je le vivais pas très bien. A chaque rentrée des classes, je devais préciser au prof' qu'il fallait que je sois devant le bureau. Vous savez, les places réservées aux têtes d'ampoule (fans de Malcolm, bonjour). J'ai maudis le médecin qui n'a pas fait son travail. Adieu avion, plongée sous-marine, boîtes de nuit et écouteurs... Puis au fil des années, tout naturellement, cet handicap (que je n'ai jamais considéré comme tel) est devenu une partie de ma personnalité. Mon oreille gauche travaille pour deux. Pour tout vous dire, j'entend mieux qu'une personne normale. J'ai l'ouïe fine. Lors des orages ou manifestations, il me suffit de dormir sur mon oreille gauche pour trouver le sommeil. Parfois, lorsqu'une ambulance passe avec la sirène, je ne bouche qu'une oreille. Du coup, les gens me regardent bizarrement. Au lycée, je donnais le certificat médical pour m'exclure des cours de piscine (ça c'est chouette pour pas montrer son corps aux mecs de la classe). L'unique et seule contrainte, c'est que je dois informer toute nouvelle personne que je rencontre qu'elle doit se placer à ma gauche. Forcément, je dois lui en donner la raison. Jamais je n'ai été complexée ou on m'a fait sentir complexée à ce niveau-là. Ce qui m'amuse, c'est que ces mêmes personnes prennent l'habitude de s'installer à ma gauche. On en rigole. Parfois, elles se mettent à ma droite pour me sortir une ou deux conneries. Lors d'un repas, je fais en sorte de me retrouver au bout. Je n'aime pas les endroits bruyants pour parler car je fais pas mal répéter surtout si on est en groupe. Tous les 2 ans, je dois passer un contrôle chez l'ORL. A ce jour, aucune baisse d'audition de mon oreille gauche. Elle bosse bien la petite ! Je peux même écouter de la musique avec les écouteurs, chose que je m'interdisais depuis tellement d'années. Je suis très raisonnable quant au volume puis bon, je n'écoute pas de la musique bourrine. L'avion qui m'était jusqu'alors interdit, est maintenant toléré. Tout comme les sorties en boîtes et la plongée sous-marine. Faut que ça reste occasionnel. Ca fait 22 ans que je fonctionne ainsi : personne à ma droite (dans la rue, je m'en fiche des étrangers) sinon je suis mal à l'aise. Je commence à paniquer car je ne sais pas ce que c'est que d'avoir quelqu'un de ce côté-là. Mais je le vis très bien. J'ai cette chance que la méningite m'ait "donnée" le plus gentil des handicaps et qu'il ne se voit pas. Pour preuve : Maman n'a toujours pas pris l'habitude de se mettre à ma gauche et un(e) ami(e) qui me voit tous les 36 du mois, se met à ma gauche de façon automatique. Je suis comme tout le monde en fin de compte avec ce petit moins devenu un plus.

5 commentaires :

  1. C'est intéressant de voir que de cet "handicap", tu en as fait une force. Beaucoup de gens pourraient prendre exemple sur toi, je crois! ;)

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  2. moi non plus j'ai toujours pas pris l'habitude parce-qu'à chaque fois tu me le dis ^^ et ça me fait sourire ^^ "ah oui" pi hop j'y pense pu ^^

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  3. Dès le début de ton article, j'ai su... J'ai su que tu parlais de "ça"... Tes mots, la photo ombrée qui connote tellement de choses... Je vis la même chose que toi depuis 22 ans aussi, des deux côtés... à 75 % chacune. Je me retrouve dans ton ressenti, et ça m'a fait du bien de te lire, ça m'a rassurée aussi. C'est tellement rare de rencontrer pareille situation. Il fallait que je te le dise même si je ne poste jamais habituellement.

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  4. LALYDO // Oui enfin en même temps, il handicape pas tant que ça ^^

    ZINECOU // Pour le peu qu'on se voit en plus ^^"

    ANONYME // Ton commentaire me touche car je me suis imaginée avec mon oreille valide à 75% de surdité... Puis-je te demander comment est-ce arrivé ? Comment le vis-tu ? Des prothèses ? Tu as le lien "contact" si tu veux (et si je ne suis pas indiscrète) ;)

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  5. Sincèrement, j'admire la façon dont tu l'as apprivoisé. Pour moi c'est encore un peu frais, enfin avec ce qui m'est arrivé cet été (à cause de la chaleur & du bruit là où je bossais, j'ai eu des vertiges pendant 2 mois entiers) ça a remis un peu tout en cause. Pourquoi moi, pourquoi ça ne s'arrange pas (mon audition fait yoyo donc l'appareil est en option quand il est réglé trop fort, et je n'ai pas envie de perdre mon temps chez l'audioprothésiste chaque jour) enfin, peut-être qu'un jour je l'accueillerai enfin comme toi tu l'as apprivoisé :)
    Mais je me reconnais beaucoup (à l'inverse bien sûr) pour la personne du côté où tu entends, le côté sur l'oreiller pour s'endormir, la natation...

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