L'évolution infinie

lundi 31 octobre 2011 Ingrid | Mémorables oublis 8 Comments


Il y a un peu plus d'un an, nous avons changé les médicaments de Papa. Je vous en parlais d'ailleurs ici. Et depuis, son comportement a radicalement changé. D'un point de vue positif. Il est extrêmement rare de subir une de ses crises maintenant. Lorsque quelqu'un vient chez nous, il ne reste plus dans son canapé mais nous rejoint à table. Lorsque Fred est là, il sourit et rit à ses conneries. Il parle, nous écoute etc... Bref, ces 12 derniers mois furent un véritable bonheur.

Sauf que... Sa maladie a quelque peu évolué. Et aucun médicament ne pourra y remédier. Lorsqu'on est à table, il se perd dans les couverts. Il peine parfois à couper sa viande. Alors maintenant, avant de le servir, on la coupe, comme on le ferait à un enfant, en cachette. On ne le fait pas devant lui afin qu'il ne se sente pas rabaissé. On ne veut pas lui faire mal au coeur.

Puis, il y a le vendredi, jour de piscine. Depuis la rentrée, il ne sait plus s'habiller. Il ne comprend pas qu'il doit retirer son slip pour mettre son maillot de bain. Maman l'accompagne à la salle de bains pour le déshabiller. Mais pas plus tard qu'il y a deux semaines, elle était absente. J'ai dû expliquer tant bien que mal à Papa d'ôter son slip. Par 4 fois, je l'ai fait retourner à la salle de bains mais ce fut 4 fois où il en ressortait avec le même souci d'habillement.

Les nerfs ont lâché. Pas la colère. Non. Juste le fait que je me suis retrouvée pour la première fois totalement démunie face à la maladie. Mon père est encore bien trop lucide pour accepter de se déshabiller devant sa fille. Quant à moi, c'est bien entendu difficile de voir son père nu. Il aurait 80 ans et que je devrai lui faire sa toilette, je pense que ça serait moins dur. Ca serait plus facile à accepter pour l'un comme pour l'autre.

Sa maladie a évolué. Mais elle est minime alors on a pas vraiment conscience que ça ait bougé. C'est comme si c'était naturel, une continuité. L'évolution est là mais pas assez accentuée pour que ça change notre quotidien. Dans tous les cas, l'ambiance est des plus belles et chaleureuses à la maison. Ca facilite pas mal de choses dans notre quotidien.

Par contre, depuis quelques temps, je me réveille en pleurs, rêvant qu'il me demande qui je suis. C'est ce qui me terrifie le plus depuis qu'on a officialisé sa maladie. Je sais que le jour où ça arrivera, je tomberai de très très haut. Car on peut dire ce que l'on veut mais on n'est jamais préparé lorsque ça nous tombe dessus.

8 commentaires :

  1. Je ne sais pas quelle maladie touche ton père mais je sais ce qu'est de voir son père "diminuer" à cause de cela... C'est dur.

    En tout cas courage à toi et ta famille pour le quotidien.

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  2. Je ne sais que te dire en lisant, à part que cela me touche beaucoup et que la seule chose que je peux c'est t'envoyer toutes mes amitiés pour te soutenir... bon courage...

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  3. Je ne serais pas de très bons conseils car je n'est encore jamais été dans cette situation . Je comprends que ça doit être très difficile mais le plus important c'est l'amour que vous partagez. Beaucoup de courage!

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  4. C'est très touchant...
    Je comprends tout à fait que tu aies peur qu'un jour il ne te reconnaisse plus, une de mes arrières grands-mères, à la fin de sa vie, ne reconnaissait quasiment plus les gens de sa famille, on était à table pour Noël, et elle se demandait ce qu'elle faisait au milieu de tous ces "inconnus" qui n'étaient autre que ses petits-enfants, arrières-petits enfants, neveux, cousins, etc...

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  5. Du courage, pour toi qui a l'air si forte. Ces saloperies de maladies n’enlèveront pas l'amour que ton père a pour toi ...

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  6. Mon père est au stade précédent... et je sais vers quoi il évolue. J'ai eu la chance d'aider une infirmière à taper un mémoire sur cette maladie et ça m'a beaucoup apporté. Fait toi aider, préparer, car l'angoisse et la tristesse des proches sont autant de facteurs qui peuvent terrifier celui qui est malade et désemparé face à ce qui lui arrive. Je vous souhaite plein de courage pour toi et ta famille mais surtout il ne faut pas hésiter à demander de l'aide extérieure.

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    1. Je te cherchais... et je t'ai croisée tout à l'heure sur instagram au hasard d'une photo. et je suis revenue sur cet article parce que je me souviens avoir écrit ces lignes il y a 2 ans... Et les choses sont allées tellement vite pour lui et nous... et puis il y a eu ce jour où on doit prendre des décisions pour mais à la place de ses parents, c'est le jour où on perd le peu d'enfance qui pouvait nous rester... et la fin, brutale, violente il y a 3 semaines... ce jour que nous redoutons presque tous. Le temps des adieux, le début de cette tranche de vie où l'absence d'un père devient définitive.
      J'ai connu le deuil blanc, puis le deuil tout court... je ne peux que te répéter ce que j'ai écrit il y a 2 ans, on n'y arrive pas seule.
      Profite, profite, profite... Ingrid.
      Mémorables oublis... j'aime toujours autant ce paradoxe et tout ce qu'il véhicule, c'est tellement vrai.
      Aline -Eliabel-

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    2. Je ne sais quoi dire. C'est passé tellement vite pour toi ! La vie nous réserve parfois de si mauvaises choses...

      Je t'avoue que ma peur qu'il ne me reconnaisse plus, s'est envolée. J'ai maintenant cette crainte de le perdre tout court. Comme toute autre personne qui nous est chère d'ailleurs... Et à ça, je pense qu'on ne s'y préparera jamais...

      J'espère plein de force et de courage dans cette douloureuse période. Pour ma part, je profite autant que je le peux (et je confirme tes dires : une partie de notre enfance s'envole avec cette maladie...)

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