Quand la volonté subit des moqueries

lundi 5 novembre 2012 Ingrid | Mémorables oublis 10 Comments

Un mardi de septembre 2011. Fred m'appelle pour m'annoncer une bonne nouvelle :

- T'es embauché ?!
- Euh non, faut pas rêver
- Merde. C'est quoi alors ?
- Je sors de la pharmacie.
- Bah c'est une mauvaise nouvelle alors
- J'ai décidé d'arrêter de fumer
- Oh ♥

Il faut savoir plusieurs choses avant de continuer. Je me suis toujours répétée : Jamais je ne sortirai avec un fumeur. Sauf que lorsque tu te prend d'amour pour un homme, tu oublies de suite ce que tu (te) rabâchais sans cesse.

Dès que je me suis mise en couple avec Fred, il fumait déjà. Je le savais et surtout, je le respectais. Il n'a jamais été question que je le change. Si je ne voulais pas d'un fumeur, je n'avais pas à me mettre avec. A partir du moment où je sors avec un fumeur, je me dois de respecter ce qu'il est même si je n'y adhère pas.

Parfois, il m'était difficile de vivre avec le tabac, le sien en l'occurence. Les odeurs dans les cheveux, sur les vêtements, sur ses doigts jaunis et son haleine. Mais là encore, je ne lui en faisais pas la remarque et il n'y a jamais eu de dispute autour de la cigarette.

Les seules et très rares fois où je pouvais la ramener, c'est lorsque ses potes et lui se mettaient à fumer dans la cabane (de 12m²). La fumée qui te piquent les yeux et l'odeur épouvantable me poussaient à leur demander de sortir. Je partais du principe que ce n'était pas à moi de me les cailler dehors. Heureusement, ils ont toujours été très respectables envers moi.

Pour en revenir à ce fameux coup de fil de septembre, Fred me faisait donc le plaisir d'arrêter la cigarette. Il ne m'en avait jamais parlé auparavant. Cette décision, il l'a prise de lui-même (peut-être motivé par son frère qui avait arrêté 5 mois plus tôt). Il prend conscience qu'il n'a plus 20 ans, qu'il y a des soucis de santé dans sa famille et que ce n'est pas en continuant de fumer que ça va améliorer les choses. Puis, il me dit que le fait que je n'aime pas le tabac, ça le motive. Je lui ai bien précisé qu'il était hors de question qu'il le fasse pour moi. Je ne voulais pas que par la suite, il me le reproche.

Je n'ai jamais été confrontée à un quelconque sevrage. Je sais juste que c'est très long et surtout, difficile. Et il était bien entendu normal que je le soutienne et l'encourage dans ce combat.

Fred a préféré stopper net plutôt que de ralentir sa consommation, aidé par les pastilles. Il a acheté un traitement fort de chez Nicopass. Qui n'aura duré qu'une semaine. Les pastilles lui donnaient l'envie de vomir. Son sevrage se faisait donc sans aucune aide médicale.

J'ai eu la bonne surprise de découvrir qu'il n'était pas râleur. Jamais il n'a passé ses nerfs sur qui/quoi que ce soit. Ses toux au réveil avaient rapidement disparues. Il se gavait de bonbons/chocolats pour oublier la cigarette et, il faut le dire, il a un peu compensé par la bière. Ce dernier point m'a beaucoup gênée, source de quelques tensions, mais j'ai fini par comprendre qu'il ne pouvait pas tout arrêté d'un coup, du jour au lendemain.

Au début, je le questionnais sur son mental, s'il trouvait le sevrage facile, si le manque n'était pas trop dur etc... Mais ça n'a pas duré car je me (nous) donnais l'impression que je lui faisais passer un interrogatoire et qu''il devait me rendre des comptes.

Très souvent, je lui ai fait rappeler que s'il n'y arrivait pas, s'il devait craquer, ce n'était pas grave. Il n'est pas un surhomme et qu'il peut déjà être fier de tenter d'arrêter.

Bien entendu, beaucoup se sont moqués de lui : "Tu vas pas tenir", "Tu m'fais rire", "On parie que tu ne tiens pas plus d'une semaine". Mais Fred a tenu bon. Jusqu'à ce que je découvre une cigarette dans la poche de son blouson (que j'avais emprunté et non pas fouillé).

Il s'est mis à pleurer lorsque je l'ai engueulé. Car oui, je veux bien soutenir quelqu'un et comprendre que c'est difficile mais je refuse de porter l'étiquette de la nana naïve qui ne voit pas que son mec fume presque sous son nez. Je n'étais pas en colère du fait qu'il avait craqué. J'étais en colère car il ne m'a pas fait confiance pour m'en parler et surtout, je voyais ses potes qui ont dû bien se marrer lorsque je disais être fière du combat que menait Fred depuis bientôt 2 mois.

La vie a repris son cours. Sans cigarette. Il a fini par réduire sa consommation de bière, se remettait au sport et je l'encourageais comme je le pouvais. Jusqu'à ce que, rebelote, en juin dernier, je le chope avec une cigarette à la bouche. Ce jour-là, ça m'a vraiment fait mal. Il était maintenant question de trahison, déception, colère et perte de confiance. Car ce n'était pas l'histoire d'une cigarette mais de 2 paquets qu'il avait fumé dans mon dos.

Je pensais que j'étais une personne de confiance et de soutien. Je m'étais trompée. Il m'a dit qu'il avait peur de ma réaction (m'emporte, cesse de l'aimer, le quitte). Il avait honte de cet échec. Mais en attendant, j'étais devenue une fois de plus, la risée de la bande. Car en y repensant, il y a pas mal de moments où je comprends mieux ces sourires et ces regards en coin, des potes. Ils étaient tous au courant et moi, je ne voyais rien. Et ça, j'ai eu beaucoup de mal à le digérer. Pas du fait que les potes se soient moqués de moi mais que Fred m'ait fait passer/prise pour une conne.

Le lendemain, Fred n'est pas allé au travail. Nous en avons reparlé. Je lui ai demandé de refumer car ce n'était apparemment par le bon moment. Je lui ai surtout dit qu'en réalité, il le faisait plus pour me faire plaisir que pour sa santé. Ce qui n'est donc pas une bonne idée...

Mais, ravalant sa fierté, il a décidé de retourner à la pharmacie. Il est ressorti avec des pastilles Nicotinell. Toutes aussi fortes que celles de Nicopass mais cette fois-ci, le goût était agréable.

Depuis ce jour, Fred vit mieux l'absence de tabac. Il se goinfre toujours autant de sucreries. Dix kilos de pris mais sportif comme il est, il n'aura aucun mal à les perdre. Chaque chose en son temps même s'il fait quand même attention à ne pas trop grossir. Son traitement l'aide beaucoup. Je regrette seulement qu'il ne m'en parle pas de lui-même mais le plus important, c'est qu'il ait compris le message : il n'est pas un surhomme et s'il craque, qu'il m'en parle car il a vu que j'avais mal vécu les moqueries cachées de ses amis.

Et justement, en parlant de moqueries, on en a fait les frais en début du mois. J'ai envoyé Fred valider une grille de loto au bureau de tabac. Le lendemain, en sortant du travail, il croise un pote qui lui dit "Alors comme ça, tu refumes ? C'est untel qui me l'a dit, il t'a vu sortir du bureau de tabac. T'inquiète, je ne dirais rien à Ingrid". Fred n'a pas répondu et est rentré me le dire. Voyant à quelle vitesse fusent les rumeurs, il souhaitait que je sois la première à être mise au courant. Et par lui.

Il était énervé. Il ne peut même plus se rendre quelque part sans qu'on parle de lui. C'est comme la fois où il mâchait un bâton de sucette au boulot et qu'un chef lui a fait la morale sur le fait qu'il est interdit de fumer dans l'usine. Ou la fois qu'il a oublié de rendre un briquet à un pote parce qu'il l'avait utilisé pour allumer le barbecue.

Arrêter de fumer est sujet aux moqueries, aux rumeurs et aux tensions. Plusieurs fois, Fred m'a dit "Quand je fumais, y avait pas de problème". Mais j'ai réussi à le raisonner, lui disant qu'il ne devait pas se rabaisser aux autres.

Car les autres, parlons-en. Ces fumeurs, et pas que de tabac, qui se permettent de se foutre de la gueule de Fred qui, lui, a le mérite d'essayer d'arrêter de fumer. Plutôt que d'en rire, ne peuvent-ils pas lui dire que c'est bien, qu'il a raison, lui souhaiter bonne chance ? C'est bien la preuve qu'ils sont faibles mais surtout jaloux de la volonté qu'a Fred de vouloir stopper la cigarette.

A ce jour, je ne vois toujours pas ce qu'il y a de si hilarant à vouloir arrêter le tabac. A ce jour, Fred est content de son combat qui n'est absolument pas terminé. A ce jour, cela fait un an qu'il a décidé d'arrêter même s'il y a eu deux craquages. A ce jour, il n'a pas touché une seule cigarette depuis mi-juin. C'est ridicule 5 mois mais c'est un exploit dans un tel combat. Je suis fière de lui même si, à cause d'une grille de loto (perdue, vous vous en doutez bien), je suis de nouveau la risée de certains.

10 commentaires :

  1. J'aimerai beaucoup que mon copain s'arrête de fumer, parce que malgré moi je m'y suis habituée et ça me gêne. Avant quand je respirais trop de fumée je pouvais être sûre d'avoir une angine la semaine d'après, et maintenant ça ne me fait plus rien et je n'aime pas ça du tout. Je ne le dis malheureusement pas parce que ça ne changera rien. Mais j'espère qu'un jour il se rendra compte qu'il fume trop, qu'il se pourrit la santé et que le tabagisme passif dont il rit est bien réel... Surtout qu'il est étudiant tout comme moi, qu'il n'a que les bourses chaque mois et qu'il dépense une somme vraiment énorme pour qu'au final "ça parte en fumée".
    En tout cas bon courage au tien, 5 mois c'est déjà vraiment bien ! Et puis les moqueries... tu t'en fiches, c'est ton couple, tant pis pour les autres s'ils veulent se pourrir la santé et se vider de leur argent.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je trouve ça dommage qu'il ne prenne pas en considération tes soucis de santé en rapport avec son tabac. Qu'il aille fumer par la fenêtre plutôt que de te faire partager ses risques de cancer des poumons. C'est vrai que j'ai beaucoup de chances que Fred fasse attention à moi à ce niveau-là...

      Supprimer
  2. je viens d'arretter, tout comme mon mari.
    c'est un vrai combat quotidien, une lutte de chaque jour.
    courage, le pire c'est les autres ...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ca ne doit pas être évident de soutenir l'autre alors que soi-même, on est dans la même galère. Bon courage !

      Supprimer
  3. Les gens sont vraiment cons. Désolée d'être aussi triviale, mais bon...
    Les vrais amis sont un soutien, s'ils se moquent ou cherchent à faire des histoires, c'est que ce ne sont peut-être pas de vrais amis...
    Bon courage à Fred, et à toi également :)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Non, tu as raison. C'est pour ça que je les qualifie de "potes" et non pas d'amis. D'ailleurs, on a même fait encore plus de tri là-dedans ^^

      Merci !

      Supprimer
  4. C'est dur de paraître crédible aux yeux de tes amis quand ils te connaissent fumeur/se depuis des années. Mais au delà de quelques reflexions rigolotes et charriages en bon et due forme (passage obligatoire j'ai envie de dire quand tes potes aiment taquiner^^) , ils doivent aussi comprendre que quand on est fumeur dépendant, c'est aussi extrêmement difficile de tout arrêter du jour au lendemain . On vit clope, on dort clope, on mange clope, on rêve clope ... bref c'est un vice qui est tellement ancré dans notre quotidien qu'il est vraiment compliqué de s'en sortir.
    Je peux comprendre que ton copain ne t'ai rien dit lorsqu'il a refumé. Quand tu arrêtes tu es tellement fier, c'est une petite victoire personnelle, que lorsque tu craques, tu vis ça comme un véritable échec, c'est difficile de montrer ça a la personne qui te connait sans doute le mieux. Tu ne devrais pas prendre ça contre toi, ou comme une trahison, parce que finalement c'est un combat assez personnel, qu'il est déjà assez compliqué de vivre seul. Mais je comprends aussi ton point de vue ... difficile de vivre avec un fumeur (enfin je suppose, c'est moi la fumeuse dans le couple ... et je n'arrive pas à arrêter)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je sais que c'est une honte d'échouer dans une bataille qu'on se livre seul contre soi. Mais malgré lui avoir dit 50 000 fois qu'il pouvait me faire confiance, ça m'a quand même fait mal. Surtout qu'il a fait l'erreur une seconde fois. Je pense qu'il a compris le message cette fois-ci ^^

      J'espère que tu auras le déclic un jour ;)

      Supprimer
  5. Les gens réagissent toujours bizarrement lorsqu'une personne de leur entourage décide d'arrêter de fumer.
    Il y a les fumeurs qui font tout pour vous décourager...quand j'ai arrêté de fumer, une de mes amies m'a dit :"c'est nul que tu arrêtes, tu seras moins drôle du coup, puis tu ne sortiras plus fumer avec moi". En gros c'est parce qu'ils ont peur de se retrouver seul à continuer de fumer. Et pour le fait d'être moins drôle, je n'ai jamais réellement compris. Comme si fumer veut dire qu'on est des personnes cool et marrantes, et au contraire ne pas fumer, des personnes tristes et sans intérêt !

    Et il y a aussi les non-fumeurs, ce qui n'ont jamais fumé qui vous donnent des conseils, et qui au moindre petit écart vous font culpabiliser. Comme si on ne culpabilisait pas déjà assez...de se sentir faible et de ne pas y arriver.

    Je ne comprends pas la réaction des gens !
    Mais tu as bien fait de lui dire que c'était pour lui qu'il devait le faire et pas pour toi...malheureusement il s'est quand même senti coupable d'avoir fait des écarts et a jugé mieux de ne pas te le dire...saches que la plupart des fumeurs essayant d'arrêter de fumer ont cette réaction, ne pas dire, ne pas montrer qu'on y arrive pas.
    Alors qu'à y réfléchir, ce n'est pas facile d'arrêter surtout si dans son entourage on a des personnes qui font tout pour que l'on craque ou qui ne nous encourage pas.
    Toi au moins tu as trouvé la bonne façon de faire, la bonne façon de l'aider.

    Déjà 5 mois, c'est déjà beaucoup...mais ce n'est pas gagné...un fumeur reste fumeur à jamais. Et dès que ça ne va pas...il pense à une clope. Ou quand tout va bien, dans une soirée...oh une petite clope.
    Crois moi je sais de quoi je parle, après il ne faut pas laisser la tentation prendre le dessus...c'est long et c'est dur.
    Mais si il le veut, il y arrivera. :)

    bon mon roman fini, je te souhaite une bonne nuit. :)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Fred a conscience que son combat, il l'aura toute la vie. Son chef a arrêté il y a 20 ans et il a encore parfois des manques/envies de tabac. Mais voilà, il espère tenir plutôt que de ne rien tenter...

      Et je te rejoins complètement sur "Comme si fumer veut dire qu'on est des personnes cool et marrantes, et au contraire ne pas fumer, des personnes tristes et sans intérêt !". C'est pareil pour l'alcool. Car pour maigrir, j'ai décidé d'arrêter les boissons alcoolisées et sucrées, on m'a répondu "Tu vas être d'un ennui". Non, je suis toujours la même. Pas besoin de vin ou d'un jus de fruits pour rigoler lors d'une bonne soirée...

      Je suis contente que Fred n'ait pas cédé aux réflexions des autres. Je lui rappelle assez souvent qu'il peut être fier. Il a au moins le mérite d'essayer et de vouloir s'en sortir.

      Et merci pour ce roman ;)

      Supprimer