Un sentiment délicat

dimanche 12 janvier 2014 Ingrid | Mémorables oublis 3 Comments


En novembre dernier, je vous faisais part de l'état de santé de ma grand-mère maternelle. Elle s'est éteinte le vendredi 13 décembre et son enterrement a eu lieu le jour de son anniversaire (elle va grandement nous faciliter à retenir les dates ^^).

Maman m'a appelé pour me prévenir de la triste nouvelle. On en a parlé, de la veille, des circonstances et des jours à venir. Lorsqu'on a raccroché, je n'ai eu aucune tristesse. Je vous assure que c'est moche. Je m'en suis voulue. Je l'ai annoncé à Fred. Il en avait presque les larmes aux yeux. C'est assez ironique, n'est-ce pas ? Car il a eu plus d'affinités avec elle qu'elle en avait avec moi, sa propre petite-fille. Il s'est senti mal à l'aise vis-à-vis de moi. Je lui ai répondu qu'il ne fallait pas. Que la vie est compliquée et qu'il ne fallait pas toujours chercher à la comprendre.

Durant le we de son décès, j'ai beaucoup réfléchi. Ai-je du regret de ne pas être allée la voir ? Non. Et je ne vais pas me mettre à pleurer en disant que maintenant, c'est trop tard. Car des occasions, j'en ai eu. Et si j'avais été la voir, l'aurais-je fait de bon cœur ? Là encore, non. Je l'aurais fait pour elle mais surtout pour Maman. Mais pas pour moi.

Et là aussi, c'est dur d'assumer ce que je dis, pense et ressens. Car honnêtement, j'aurais préféré pleurer, ressentir un manque. Mais rien. Est-ce une carapace ? Le temps me le dira.

On m'a rassuré sur le fait que je n'étais pas sans cœur. Je ne peux pas me forcer à pleurer une personne qui ne fut pas proche avec moi, sous prétexte que le sang nous lie. On ne peut pas me reprocher le fait que j'ai refusé de jouer les petites-filles modèles sous prétexte qu'elle vivait ses derniers jours.

Je sais que j'ai été durement critiquée de part mon absence et mon indifférence au sein de la famille et en dehors. Je me fous de ce qui a pu être dit. Le plus important est que Maman ait compris mes choix.

Un mois, jour pour jour, s'est écoulé depuis... La vie suit son court. Mamie s'en est allée. Et même si elle ne me manque pas, je garde en souvenir la gourmette qu'elle m'avait offerte et l'écharpe qu'elle avait tricoté à ma demande.

3 commentaires :

  1. Ton article ne me laisse pas sans évoquer la mort de ma grand-mère paternelle, il y a tout juste un an...
    Je m'en suis voulu à l'époque de ne rien ressentir à sa mort. Du moins, c'est l'impression que j'avais. Aussi loin qu'on m'en parlait, ma grand-mère est quelqu'un qui s'est laissé aller, qui aimait qu'on s'occupe d'elle. Elle a décidé d'arrêter de marcher, un jour, comme ça. Lorsque mon grand-père est mort, elle est partie en maison de retraite. Elle a dû se faire opérer du col du fémur, elle a été transportée en hôpital spécialisé. D'abord, c'était temporaire. Mais ça a duré. Au début, j'allais la voir assidûment. Même si ce n'était pas la grand-mère avec qui j'étais la plus proche. Mais j'avais espoir qu'elle fasse un effort, qu'elle se batte.
    Puis la maladie l'a atteinte. Pas Alzheimer, mais tout comme. Avant, quand je venais avec mon père, elle demandait "c'est ton amie ?" "non, mamie, c'est moi, Emilie... tu te souviens ?" au début, un sourire, elle se souvenait... Puis ensuite, plus rien...

    Le temps a fait que j'ai dû déménager, pour mes études, deux fois. Au début, j'allais encore la voir, environ une fois par mois. Mais l'envie n'y était plus, je n'existait pas à ses yeux. Elle vivait trente ans en arrière. Puis je ne suis plus allée la voir.

    J'ai appris, quelques jours avant sa mort, qu'elle allait mal. Mais c'était un refrain qu'on entendait souvent, je ne me suis pas plus inquiétée que ça. Et quand ma famille est venue chez nous pour Noël, a commencé à dire qu'il fallait prévenir le prêtre, j'ai compris. J'étais en face de la mort, la vraie, toute nue, et je me sentais déstabilisée. Et pourtant, je savais que je ne regretterais pas cette grand-mère, dont finalement je connaissais peu et avec qui j'avais partagé si peu de choses.

    Le jour de l'enterrement, seuls mon père, ma mère, ma sœur et moi avions emmenés des roses sur sa tombe. Je me sentais incroyablement vide. A la fois touchée, et à la fois vide. Je n'arrivais pas à pleurer. Je n'en avais pas envie. J'avais l'impression d'être horrible, inhumaine. Tout le monde s'excusait pour moi, mais ils ne comprenaient pas vraiment ce que je ressentais.

    Quelques jours plus tard, alors que j'en discutais avec mes colocs, la tête m'a brusquement tournée. Je commençais à ne plus rien voir. C'était assez violent. Heureusement, mon copain était là et m'a embarquée dans ma chambre. Quelques dizaines de minutes après, j'allais mieux. Mais j'aurais toujours l'impression que c'était lié. Car après, j'ai pu pleurer. Je ne saurais jamais pourquoi j'ai pu pleurer, mais au fond, c'est quelqu'un de ma famille, et j'en porte les marques, nous nous ressemblons beaucoup, il y a une part d'elle en moi. Et j'avais besoin de faire mon deuil.

    Nous ressentons tous les choses différemment, et j'imagine que pour toi, porter la gourmette et l'écharpe est peut-être pour toi un symbole de deuil. Je n'en sais rien, je ne suis pas toi, et personne dans cette situation ne pourra se mettre à ta place. Et personne n'a à te juger, car toi seule sait au fond pourquoi tu ressens ces sentiments et tu connais leur légitimité :)

    Désolée pour le pavé^^

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  2. Non tu n'es pas sans cœur... C'est ainsi c'est la vie...
    Bises

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  3. Comme tu le soulignes, les liens du sang ne font pas tout. Ça ne fait pas de toi une "sans coeur".

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