Savoir, c'est se souvenir

jeudi 24 avril 2014 Ingrid | Mémorables oublis 9 Comments

La maladie t'a tellement transformé. Souvent, voire trop souvent, elle me fait oublier celui que tu étais avant. Heureusement, ma mémoire est intacte. Pour deux.

J'ai le souvenir dès ma plus jeune enfance qu'au moment du coucher, toi et Maman vous vous partagiez le rôle de l'histoire à me raconter avant de m'endormir. Je me souviens des fous rires que tu provoquais lorsque tu imitais le souffle du loup sur les maisons des 3 petits cochons. Ou encore la grosse voix que tu prenais quand, toujours le loup, jouait la grand-mère du petit chaperon rouge.

Et au réveil, j'avais droit à la chanson de la pub Danette revisitée : "Tout le monde se lève pour l'école, l'école, l'école ♪♫".

Je me souviens également de nos mardi soirs à la piscine (merci de m'avoir appris à nager même si ça ne m'a plus servi depuis 23 ans) ainsi que de nos sorties dans les bois, en tracteur. Lorsque j'étais assise à côté de toi ou lorsque tu me laissais conduire sur tes genoux avec ce volant bien trop large pour mes petits bras.

Et en parlant de bois, j'ai gardé en tête la fois où, sur tes épaules, je me suis prise une branche de sapin dans la figure et que j'ai lâché un "Merde". Tu m'as fait la morale mais jamais grondé.

Tu n'étais pas grognon de toute manière. Tu aimais les règles de base de la vie : le respect et la politesse. Pas de gros mots ("chiant" l'était à tes yeux, ou plutôt tes oreilles), se tenir droit et lever son coude à table. Combien de fois je te répondais, sans provocation, que ça ne servait à rien puisque coude sur la table, la fourchette arrivait à hauteur de ma bouche. Quand à me tenir droite, j'ai longtemps vécu voûtée mais si tu savais maintenant que je ne le suis plus...

Tu n'as jamais été expressif. J'ai grandi avec des parents pudiques, absents/avares de jolis mots, de compliments mais j'étais aimée. Tu n'étais pas du tout extraverti. Rare lorsque tu rigolais. Non pas que tu étais ennuyeux ou étroit d'esprit mais tu rigolais de l'intérieur. Et chose bien avec la maladie, c'est que maintenant, tu rigoles beaucoup. Certes, on ne sait pas pourquoi mais on ne cherche pas. On ne cherche plus. On profite. Et que t'es beau lorsque tu rigoles. Et ces larmes que tu sèches du dos de ta main et tes beaux yeux bleus qui ressortent de ce visage rouge de rires...

Tu étais quelqu'un d'extrêmement solitaire. Et silencieux. Une nature tellement timide et réservée... Tu n'étais pas pour autant un papa absent. Tu ne l'as jamais été. Même si tu passais beaucoup de temps, en dehors du travail, au jardin, au club de vélo, en forêt.

En parlant de jardin, je regrette que tu n'aies pas cherché à partager l'une de tes passions. Aujourd'hui, je me rattrape au quotidien. Merci à Fred d'avoir racheté ton jardin qui te tenait tant à cœur. Car ainsi, je peux continuer à perpétuer ta passion. Si seulement tu en avais conscience...

En tout cas, tu as toujours conscience que je suis ta fille. Ça se voit dans tes yeux que tu poses parfois longuement sur moi. La maladie t'a ôté les mots mais ton regard ne trompe pas.

9 commentaires :

  1. Tu as des magnifiques souvenirs avec lui...

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  2. Parfois, les mots sont inutiles... Mais je voulais juste que tu saches que cet article m'a vraiment touché... <3

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  3. pas de mots….. très bel hommage à ton papa, j'espère qu'il le lira <3

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  4. C'est vraiment émouvant, tes mots sont beaux <3

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  5. c'est très beau et très émouvant....

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