La dernière papillote

jeudi 15 janvier 2015 Ingrid | Mémorables oublis 2 Comments


La semaine où la France a connu sa vague d'attentats, Fred a appris le décès de sa grand-mère maternelle. On a relativisé en se disant qu'elle est morte à 88 ans, d'une crise cardiaque foudroyante, dans les bras de son fils. Mais bien entendu, la peine est quand même présente et forte.

Fred connait mon avis sur les enterrements. Je n'ai participé à aucun. Celui de mon Tonton, je n'avais que 10 ans et mes parents avaient fait le choix à cette époque de m'épargner ça... Pour mon grand-père paternel, je n'y suis pas allée (et j'ai bien fait vu ce que j'ai appris par la suite) mais je vais parfois me recueillir sur sa tombe (quand le cimetière se trouve sur mon trajet improvisé de promenade). Enfin, pour ma grand-mère maternelle décédée en décembre 2013, je ne me voyais pas m'y rendre alors qu'elle n'a jamais rien fait pour que je me rapproche d'elle. Me rendre à son enterrement aurait été un acte hypocrite de ma part. Et, soyons honnêtes, ça m'arrangeait.

Mais me voilà confrontée au décès d'une personne que je n'ai aperçu que 4/5 fois dans ma vie mais qui est importante dans celle de Fred et de ma Belle-mère.

Je n'ai absolument pas peur de la mort. Tout le monde y passe. Je n'ai aucun tabou d'en parler, surtout concernant mes dernières volontés. Mais être confrontée à la mort de quelqu'un, ça me gêne beaucoup...

J'ai bien expliqué à ma Belle-mère qu'il ne fallait pas me voir comme égoïste ou j'm'enfoutiste dans cette douleur. Je ne suis pas du tout affectée par ce décès mais par la peine qu'il engendre à la maison... Fort heureusement, on ne m'oblige rien et on accepte et respecte mes choix.

C'est pourquoi, j'ai refusé catégoriquement de me rendre à la veillée. Rien que d'y penser, j'ai des frissons dans tout le corps. J'admire ces personnes (hormis les curieux) qui y vont mais pour ma part, c'est totalement impossible. Je suis trop sensible, émotive, pour ne pas être marquée par la suite. Donc oui, c'est un acte purement égoïste mais je ne participe pas à la veillée afin que ça ne me traumatise pas les jours voire semaines suivantes (j'ai toujours eu du mal à bien dormir donc je vais éviter d’aggraver la situation).

La mise en bière, même topo, forcément. Fred n'a pas souhaité y participer car il est resté marqué par la veillée...

Et puis venait ensuite l'enterrement, mardi. Déjà, aller à l'église pour assister à un mariage, c'est pas la joie mais alors un enterrement...

J'ai été baptisée contre ma volonté (bah oui, on ne m'a pas demandé mon avis). Quant à la communion, mes parents m'ont demandé de la faire pour ne pas froisser les anciens (moi, je l'ai faite pour les cadeaux (comme beaucoup d'autres gosses)). Bref, on m'a imposé une religion qui m'est, au final, totalement indifférente. Je n'ai aucune croyance en un quelconque Dieu et encore moins à une éventuelle vie dans l'au-delà. Je suis purement et simplement athée. Mais, soyons d'accord : je respecte toutes les religions telles qu'elles soient (enfin, les vraies, pas celles que l'on s'invente). Je n'ai aucun problème avec ceux qui sont croyants et/ou pratiquants.

Bref, peu importe les raisons d'aller dans une église, je trouve cela barbant. Ecouter des choses qui ne me touchent pas, m'asseoir, me lever, chanter etc... Je suis certaine d'en choquer avec mes propos mais c'est ainsi (n'oubliez pas la liberté d'expression, le respect, la tolérance tout ça tout ça).

Par respect pour Fred et sa maman, je me devais de participer un minimum à ce triste événement. J'ai donc accepté de les accompagner à l'enterrement, ce que je pense être le plus facile à supporter à mes yeux. Tant que j'étais loin du cercueil et que je ne l'avais pas dans mon champ de vision, ça le faisait.

Fred ayant déjà assisté à quelques enterrements, il m'a un peu conditionnée. Parce que figurez-vous que je pensais que le cercueil était ouvert devant l'autel (je regarde trop les films américains (au Portugal, ils le font)) (j'ai appris seulement l'année dernière ce qu'était une mise en bière) (quand je vous dis que c'est un domaine qui ne m'intéresse pas et dont je suis totalement inculte sur le sujet).

Maintenant que je sais que le cercueil est fermé durant la cérémonie, je peux me retrouver avec la famille aux premiers rangs (mais tout à droite). Bien entendu, les minutes furent très longues. Fred et sa mère savaient ce que j'en pensais mais ne m'en tenaient pas rigueur (fort heureusement). On ne peut pas en dire autant de certaines personnes qui rigolaient derrière nous... Tout comme la réflexion qui a résonné dans toute l'église, que je me suis prise dans les dents car je n'étais pas allée faire le signe de croix sur le cercueil. Bah oui, j'ai froissé une vieille croyante. Et je l'emmerde (ça lui apprendra à juger (surtout dans un tel lieu, surtout dans un tel moment)).

J'ai pleuré de voir mes proches pleurer. Mais je n'ai pas pleuré pour cette vieille dame qui nous a quitté. Je me sens cruelle mais je ne peux pas obliger mes sentiments à aller dans la même direction que les autres.

Je suis sortie de l'église en dernière et j'ai rejoins la voiture. Là encore, suivre le cercueil jusqu'au cimetière, c'était un peu trop me demander. Tout comme Fred. Mais le coeur y était, promis...

Et je ne peux m'empêcher de faire le rapprochement avec les attentats de la semaine dernière. J'ai été bien plus touchée, affectée par eux, par ces victimes que je n'avais jamais rencontré, à qui je n'avais jamais adressé la parole, serré la main, fait la bise que par une vieille dame présente à quatre cinq repas de famille...

Le fait d'avoir été peu active durant ces quelques jours de deuil m'a permis de garder une belle image de cette personne, de son vivant. La dernière en date ? A Noël dernier. Elle ne voulait pas venir (elle se sentait fatiguée, les jambes lourdes). On a insisté. A la fin du repas, elle s'était allongée, comme à son habitude, sur le canapé et disait n'avoir plus faim. Mais lorsque Fred lui a proposé une papillote en chocolat, la gourmandise apparaissait comme par magie. Nous avons tous rigolé de la voir manger sa papillote énergiquement. Ah ça, les jambes étaient peut-être rouillées avec le temps mais pas la mâchoire. Jamais pour un chocolat !

Au revoir Huguette...

PS : Une énorme pensée à mon tant adoré Tonton qui m'a quittée, 23 ans plus tôt, jour pour jour.

2 commentaires :

  1. C'est chou de voir les anciens s'émerveiller comme des enfants parfois :-) pour le reste, comme je t'ai dit chacun est différent et libre face à la mort/ religion/église/funérailles... tu n'en es pas moins sans coeur ;-)

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  2. Le dernier enterrement auquel j'ai assisté je n'ai pas pleuré. Ou plutôt je me suis forcé à ne pas le faire parce que je n'aime pas ça, du coup je me suis détachée de l'événement et on m'a trouvé froide et sans coeur. Tant pis. De toute façon je pense que si j'avais pleuré ça aurait été plus pour la même raison que toi... enfin bref ^^'

    Je crois que tu as eu raison de ne pas faire le signe de croix puisque tu n'es pas croyante. Le faire aurait été une forme de "blasphème", enfin je crois... et puis on a tous un rapport différent à la mort, à la religion, et ça se doit d'être respecté.

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