Mes années collège

mercredi 11 février 2015 Ingrid | Mémorables oublis 5 Comments


Suite au documentaire fort poignant de France 2, diffusé mardi soir, Souffre-douleurs, j'ai décidé à mon tour de parler de mon vécu, assez ridicule mais vécu quand même à l'époque où le harcèlement n'était pas aussi répandu et aussi dur qu'aujourd'hui.

Au-delà du fait que je n'ai jamais aimé les cours (profs j'm'en foutistes, matières qui ne m'intéressaient guère, des maths qu'on me forçait à apprendre alors que leurs utilités ne me serviraient jamais dans ma vie (sauf si je me lançais dans les math' sup')), j'ai vécu 3 années assez douloureuses.

Ô, plus psychologiques que physiques, je vous rassure de suite.

Le décès de mon Tonton au CM2, m'a pas mal bloquée. Déjà que j'étais une petite fille complexée et solitaire, cette perte m'a achevé. Ma rentrée en 6ème fut compliquée. J'ai eu du mal à trouver mes marques. Pourtant, le collège a fait en sorte que les élèves de CM2  se retrouvent dans la même classe en 6ème. Histoire de ne pas trop nous perturber. Mais vous savez, moi à cette époque, je n'étais pas "la" fille. Celle hyper jolie, celle hyper sociale, celle hyper studieuse. Bref, j'étais inexistante. Je faisais ma petite vie tranquillement...

Lors de mon passage en 5ème, certains élèves ont été échangés entre les classes. J'ai rencontré des personnes que je ne connaissais pas. Et l'une d'elles, malheureusement, je vais finir par la rencontrer. J'aurais juste préféré que ce soit dans de belles conditions.

Elle, c'était Isabelle (tiens, même prénom que ma mère, un signe ^^). La petite terreur du village d'à côté. Petite taille mais grandes dents. Des crocs si je puis dire. C'était la rebelle de la classe. Elle faisait parfois le pitre. Elle était sympa après tout. Mais, incapable de me souvenir de la raison, elle a finit par me prendre en grippe. Ca a commencé par des attaques sur mon physique. Des insultes et des moqueries. Je ne disais rien, ne montrais rien mais à l'intérieur, j'avais mal. Et, c'est de nature, je suis quelque peu cinglée : je faisais ses devoirs, je l'aidais à pomper sur moi (pourtant, je n'étais absolument pas une tête d'ampoule (les fans de Malcom comprendront)) mais je cherchais à être bien vue dans l'espoir qu'elle m'oublie.

Bien entendu, il n'y avait pas qu'elle. Mais c'était la chef de clan. Celle qui fume depuis longtemps, qui boit de l'alcool quand beaucoup n'en sont qu'au soda, qui se maquille et s'habille en gothique, qui porte de grosses godasses que tu n'aimerais pas recevoir au derrière et qui a déjà pas mal de mecs au compteur.

A cette époque, je mangeais pas mal de chewing-gum. Beaucoup l'ont remarqué. Et le racket a commencé. Dans un sens, t'es contente car on s'intéresse à toi. Tu deviens la pote qui offre des chewing-gum. Et puis de l'autre, tu t'es laissée emporter dans un engrenage qu'il va être difficile de te défaire. J'étais devenue un distributeur gratuit de chewing-gum. Et si je n'en avais pas, il y avait ce contact qui me rendait mal à l'aise à chaque fois. Celui où un petit groupe est autour de toi, assez proche pour te sentir étouffée. Qui rigole, te rabaisse et parfois, te tapote la joue d'une petite claque, te tire les cheveux en te fixant bien dans les yeux et avec le grand sourire.

Bien sûr, le lendemain, je revenais avec des paquets de chewing-gum prêts à être distribués. J'ai juste eu une ou deux réflexions de ma mère me disant que je lui coûtais cher. Mais elle n'a pas cherché plus loin. Ou elle s'en foutait, tout simplement. Parce que les longues mèches coupées à cause des chewing-gum que l'on me collait sur la tête, ça se voyait bien pourtant !

Le passage à la 4ème ne fut pas mieux. Isabelle était encore dans ma classe et une nouvelle a débarqué de je ne sais où. Pour vous donner une idée de la personne, elle a été condamnée pour complicité de meurtre 2/3 ans après mon départ au lycée.

Forcément, les deux-là sont devenues bonnes copines. Et alors que je pensais être sortie d'affaire en étant zappée depuis plusieurs semaines/mois, le harcèlement est revenu. A un niveau supérieur.

Je me souviens bien de ce jour. Un vendredi après-midi. C'était en cours de gym. En salle. Elles me cherchaient, me mettaient des petites claques, me tiraient les cheveux, me faisaient des croche-pied etc... Fatiguée, je suis allée voir le prof de sport et je le lui ai raconté. Qu'est-ce que je n'avais pas fait là... Il m'a dispensée de cours de hand mais il m'a demandé d'aller chercher le matériel derrière les gradins. Et ça n'a pas loupé. Isabelle et Stéphanie ont débarqué. Bien que le prof ne soit pas allé les voir, elles ont vu que je discutais avec lui... Et je me suis pris des coups. Des coups de pied dans les jambes, des coups de poing dans le ventre et des gifles. Finies les petites tapes sur la joue. Place aux vraies, aux grosses, d'adulte, qu'on donnent avec colère.

Je suis ressortie avec les yeux et les joues rougis. Mais bien que les autres (dont le prof) ont vu ma tête, personne n'est venue à moi. Le fameux tabou... Il ne fallait surtout pas que je parle car vu comment j'ai été punie pour avoir parlé 20min plus tôt, je n'ose imaginer si je recommençais...

A la fin du cours de dessin qui suivait celui de sport, je suis rentrée chez moi, le pas rapide en contenant mes larmes. C'est lorsque ma mère m'a ouvert la porte que j'ai craqué dans ses bras. Mais une fois de plus, c'est vite passé aux oubliettes. Le lundi, elle allait au boulot et moi, dans la gueule du loup.

Depuis cette épisode, je suis devenue le jouet de ces deux filles. Tirages de cheveux, claques, insultes, moqueries, la jupe qu'on baisse en pleine récré etc...

Dieu merci, je n'aurai plus jamais vécu d'épisode semblable à celui de la salle de sport. Je faisais surtout profil bas en attendant secrètement qu'elles s'en prennent à quelqu'un d'autre...

J'avais quand même mon petit groupe de copines sur les trajets et pendant les pauses. Mais je devais bien cacher mon jeu ou bien elles savaient mais niaient car on ne m'a jamais vraiment questionné (l'épisode de la salle de gym, tout le monde était au courant. Vous vous doutez bien que ces deux filles se sont empressées de le raconter partout. Ca fait rire et ça les rend un peu plus puissantes, intéressantes et surtout, respectées). Bref, j'ai mal vécu ces années, ça m'a encore plus renfermée et complexée. Je n'ai jamais eu de pensées suicidaires. Ou alors, elles n'étais jamais sérieuses.  Mais c'est clair que c'est une période triste et malheureuse de ma vie, qui ne m'a pas aidée dans les études et dans mon épanouissement voire, ma découverte personnelle. 12/14 étant un âge où l'on se découvre et il suffit de pas grand chose pour que le blocage s'installe...

Je n'ai pas eu mon brevet. Je n'ai rien fichu en cours. Je m'en fichais à vrai dire. Bien entendu, je me suis fait engueulée par mes parents (enfin, surtout ma mère, comme d'hab') car je n'étais pas foutue d'avoir un diplôme à deux balles. Et interdiction de redoubler. Mon Dieu, ça ne se fait pas ! T'imagine les "on dits" après ?! Ce que les gens vont penser ?! (ça, c'était le discours de Papa. Pour lui, c'était une honte devant ses collègues et sa famille de me faire redoubler) (s'il savait qu'ils n'avaient pas besoin de ça pour me gueuler dessus) (et redoubler pour difficultés scolaires, ok. Mais il l'aurait fait sans connaitre mes soucis perso, j'aurais été mal).

Mon arrivée au lycée s'est bien passée. Faut dire que je ne sais pas ce que devenait Isabelle. Quant à Stéphanie, elle a arrêté ses études (pour finir en tôle 3 ans après). J'ai repassé le brevet avec succès. J'ai commencé à maigrir et je me suis fait des copines. J'aimais bien me rendre au lycée (même si je ne travaillais pas plus que ça). Mais l'absence de ces deux filles m'a permis de vraiment respirer...

J'ai du mal à dire que j'ai subi un harcèlement à l'école. C'est tellement futile ce que j'ai vécu lorsque je vois maintenant l'ampleur de nos jours. Il y a 20 ans, il n'y avait pas de suicide, de haine, de réseaux sociaux. Mais le tabou est toujours là. Je comprends tellement ces jeunes qui se taisent et ne laissent rien paraître au point d'en finir avec tout ça, en ne trouvant pas d'autres solutions que la mort. Je les comprends car la seule fois où j'ai osé parler, ce fut pire. Le silence est malheureusement notre meilleur ami dans ces moments-là. On pense pouvoir gérer, qu'on s'en sortira jusqu'à ce que l'inévitable se produise.

Je comprends la douleur que vivent ces gosses tout comme je comprend la culpabilité des parents de n'avoir rien vu. Et je ne trouve aucun mot pour leur dire qu'il ne faut pas vous en vouloir. Votre rôle de parent ne doit pas être remis en cause. Car vous n'y êtes pour rien. Surtout si on ne vous dit et ne montre rien. Ce n'est pas par manque de confiance envers vous. Mais la peur nous tait. Parfois, elle nous sauve. Et parfois...

Je vous invite à revoir ce documentaire en replay sur France 2. Lien ici. Car ces témoignages sont poignants ! Mais ce qui m'a écœurée/choquée/révoltée/etc... ce sont ces gosses qui osent parler (ils sont une minorité à avoir ce courage) mais qui ne sont pas entendus. Par un prof, un surveillant, un proviseur ! Cette fille tabassée au sol et le principal qui ne dit rien ! Ce proviseur qui reçoit les parents et l'enfant harcelé et qui s'en fout complètement. L'un d'eux s'est donné la mort deux heures après l'entrevue ! Comment voulez-vous que nous parlions si les adultes, ceux qui sont censés faire régner l'ordre, ceux qui sont censés prendre partie des victimes, ne font rien, ne disent rien, ne prennent pas conscience du problème ?!

Des suicides d'adolescents, il y en aura encore et encore tant que rien ne changera...

J'ai une petite pensée pour Christelle qui a été un peu victime, elle aussi, d'Isabelle. Je dis un peu car allez savoir ce qui a bien pu se passer dans mon dos...

Petite anecdote quand même : Fred m'a appris qu'il est sorti avec Isabelle (en dehors du collège). Et aujourd'hui, il est avec moi... J'aurais préféré le rencontrer à cette époque, il m'aurait peut-être "sauvée".

5 commentaires :

  1. Je t'assure que c'est bien du harcèlement que tu as subi. C'est bien plus fort que ce que j'ai subi et pourtant j'estime que j'ai subi du harcèlement moi aussi lorsque j'étais au collège. Le fait que tout prennent encore plus de proportions aujourd'hui ne doit pas amenuir la souffrance que tu as ressenti à ce moment là, j'ai envie de dire comme une vieille "c'est l'époque qui veut ça". Donc je voulais juste te dire bravo d'avoir réussi à en parler, c'est très important :)

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  2. Merci pour ton commentaire Cranky Ju. Il est vrai que comme ça s'est passé il y a 20 ans, je minimise pas mal du fait que c'est très loin derrière moi maintenant. Je relativise en disant que c'était des broutilles de gosses (bien que sur le moment, c'était loin d'en être) et je pense que malheureusement, les jeunes d'aujourd'hui, se disent également ça...

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  3. Eh ben... Tout d'abord, ça me touche tout ce récit, ce que tu as vécu et le fait que tu en parles aussi.. J'ai vécu également quelques soucis de ce genre. En primaire ma mère avait été parler au directeur. Le/les coupables arrêtaient et recommençaient jusqu'à ce qu'ils changent d'école (j'en ai revu un plusieurs années après mais j'ai préféré ignorer)... Au lycée aussi avec une nana jalouse (de je ne sais pas quoi) qui voulait faire sa loi mais elle s'est pris une claque à la fin et n'a plus recommencé (même si ses insultes continuaient)... Bref, rien de ton ampleur, de l'ampleur de ces jeunes, mais tout ceci nous laisse des marques. Il ne faudrait pas avoir peur de parler mais bon....

    Et pour ce qui est d'Isabelle, ça serait sympa qu'elle sache que tu lui as "piqué" son mec ahahah ;)

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  4. J'ai vu ce reportage et effectivement c'est du harcèlement aussi ce que tu as pu vivre.
    En ce qui me concerne j'avais un caractère tellement fort que les remarques, les moqueries ne m'atteignaient pas. Tout ce qu'on pouvait me dire sur mon intelligence (oui, au collège,si t'as 18 de moyenne t'es plus intelligente, t'es une tête d'ampoule comme ils disaient) je le retournais contre eux sur leur bêtise, leur ignorance. Si bien que ça les a lassé, ensuite j'ai eu la chance d'avoir les mêmes camarades durant 2 ans grâce à une option.
    Bref, je trouve ça important que les gamins en parlent, c'est un phénomène qui prend une ampleur très inquiétante, notamment à cause des réseaux sociaux.
    Merci de ton témoignage.

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