Je m'aime (non, j'déconne)

mardi 10 mars 2015 Ingrid | Mémorables oublis 1 Comments


Je t'aime. Moi non plus.

Oh, je ne serais pas étonnée d'avoir déjà titré un de mes articles ainsi. Tellement ce sujet me suit au quotidien...

Je me suis pris une claque l'année dernière. Je ne sais plus pour quelle raison exactement. J'ai pris conscience que je n'avais aucune véritable photo de mon couple. Au bout de 4 ans, ça craint, non ? Pour vous dire à quel point ça m'a choqué, je me suis lancée dans cette pensée glauque mais pas impossible : si Fred meurt demain, je n'aurai pas de trace de nous, en photos. Ah si, j'en ai quelques unes. Dans la nuit, floues, pixelisées, une partie de moi cachée (et je ne vous parle même pas de ma Best avec qui je n'ai absolument aucune photo de nous deux en 7 ans).

Pourtant, des photos, j'en fais tous les jours. Il n'y a qu'à voir mon activité assez productive rien que sur Instagram...

Il y a quelques mois, j'avais posté une photo de la moitié de mon visage. On m'a répondu que je n'avais pas à me cacher. Je ne demande pas mieux vous savez. Mais il m'est tellement difficile de me regarder. Me prendre en pleine face une réalité que je fuis, évite à tout prix.

J'ai beau avoir hérité des yeux bleus de Papa, je n'aime vraiment pas mon regard. C'est triste à dire mais il n'y a que lui qui est la cause de mes pleurs (la partie haute de mon corps, je tiens à préciser, car mon ventre de femme enceinte, c'est un peu le même combat vous voyez. Mais lui, on le remarque pas sur un selfie).

Je refais machine arrière dans l'acceptation de moi-même. Il faut dire que durant mes quelques années de célibat, j'étais apprêtée, coiffée et surtout, maquillée. Et je me trouvais jolie, posant fièrement en photo (que je prenais moi-même car j'aime avoir ce contrôle).

Puis, comme si mon couple était acquis, j'ai commencé par moins prendre soin de moi. Et la réalité est revenue au galop.

Je suis moche.

C'est un fait. Un constat purement personnel. Les paroles des proches et inconnus font plaisir sur le moment mais n'y changent rien. Car le fond de teint et le mascara font beaucoup mais le soir, lorsque tu enlèves les artifices, tu redeviens celles que tu fuis durant tant d'années.

Oui, je suis moche. Tout du moins, c'est ce que je ressens. Oui, j'ose le dire alors même que j'ai un homme. Parce que je sais qu'il y en a qui vont me répondre "Tu serais moche, tu ne serais pas en couple". Quatre ans après, je ne sais toujours pas ce que Frédéric me trouve. D'ailleurs, ça l'exaspère lorsque je lui dis ça. Il a baissé les bras, ne me complimente plus. Il sait que ça ne mène à rien. Je suis très forte pour avoir le dernier mot.

Donc oui, je suis et en couple, et moche. C'est compatible vous savez. Suis-je pour autant malheureuse ? Dans le premier cas, non. Dans le second, oui.

Je suis malheureuse et je culpabilise de l'être. Car, là encore, je suis en couple. A croire que lorsque tu es en couple, tu n'as pas à te plaindre. Et je culpabilise parce qu'au fond, lorsque je réfléchis bien, est-ce vraiment justifié ce mal-être que je traine depuis tant d'années ?! Ca me fait mal de le dire mais non. Je n'ai pas le droit de m'affliger tout ça. Car je reconnais être moche mais pas hideuse. Je reconnais que bien qu'il y ait mieux que moi, il y a surtout pire. Mais ma vision reste personnelle. La beauté est propre à nos yeux, à nos goûts. Elle diffère suivant les gens, on ne lui prête pas la même définition etc...

Je culpabilise parce qu'en fin de compte, je suis malheureuse pour pas grand chose. Mais le mal-être ne s'explique pas. Il a rarement une logique en même temps.

Pourtant, j'y travaille. Car merde, 33 ans et ma vie est bien moche (elle aussi) et vide jusqu'à présent. Tout ça pour une tronche et un bide dans un miroir que je ne peux pas supporter. Bon, y a du progrès. Je ne pleure plus. Même si, chaque matin et soir je subis le regard de mon corps tout entier dans le grand miroir de la chambre. La dure réalité, toujours...

Je repense à ce commentaire sur Instagram qui me disait me dévoiler un peu plus. J'essaye. En postant de temps à autres, un selfie. Mais ce geste tellement anodin chez beaucoup de monde, je le fais avec beaucoup de violence (j'exagère, si peu). Car un selfie dure en temps normal, 5 secondes. Avec moi, ce sera de longues minutes. En moyenne, une vingtaine de photos pour espérer en trouver une potable. Jouer sur les effets pour gommer quelques trucs et je la poste. Puis je me regarde. Mouais... J'hésite toujours longuement à poster mes selfies mais lorsque c'est publié, je m'interdis de supprimer. Parce que ça fait partie d'un travail que je tente de mener avec moi-même depuis quelque temps. Trop longtemps.

Je rate tellement de choses dans mon quotidien. J'accumule les regrets. Aussi infimes soient-ils. Et ça ne s'arrange pas avec le temps. Car mon mal-être ne s'arrête pas à ma tête moche ou un mon gros ventre. Mais il se fait aussi avec le regard des gens. Plus précisément avec le regard des gens que je m'invente sur moi.

Combien de fois ai-je refusé de manger une glace ou une gaufre ou toutes autres gourmandises dans la rue ? Parce que t'imagines, les gens vont se dire "L'autre, elle bouffe. Comme si elle n'était pas assez grosse comme ça". Je suis conne de penser ainsi. Facile à dire lorsque ce n'est pas sur le moment. Fort heureusement, ça va mieux au restaurant. Si j'veux me goinfrer d'une pizza 4 fromages entière et ensuite d'un tiramisu, le regard des gens m'importent peu (la honte d'avoir ingurgité autant de calories étant une autre histoire, bien entendu).

Et je ne vous raconte pas lorsque j'ai appris fin février que deux amies de Belgique souhaitent aller au zoo avec Frédéric et moi en avril prochain. Copines que je n'ai pas revu depuis 2010 (où j'étais célibataire). Autant vous dire que le lendemain, je me suis remise au sport.

Ridicule.

Ce n'est même pas une question de vouloir être parfaite, enviée. Mais parce qu'il y aura forcément des photos et je n'aurais pas le contrôle dessus. Et même si je l'avais, je sais que ça va être un moment douloureux à vivre lorsque les clichés défileront. Honte d'être ainsi, de me voir tel que mon mal-être le veut et honte de m'afficher ainsi devant des personnes que j'apprécie.

Je suis tiraillée entre passer un bon moment et l'immortaliser et échapper à tout ça. Sauf qu'annuler leur venue pour X raisons, je ne peux pas. Et ne veux surtout pas. J'ai un mois devant moi pour les accueillir du mieux que je peux. A rentrer mon ventre, cacher mon regard sous mes grosses lunettes de mouche, avoir Frédéric entre nous, manger sainement et raisonnablement, feinter le refus d'une glace car je n'ai plus faim et gérer le plus possible mon stress au moment des photos. Car je veux en faire. Je nous veux toutes les trois en photo. Je nous veux tous les quatre aussi. Peut-être même qu'il y aura l'amour, rien que lui, sur quelques unes.

Mais à défaut d'aimer voir ces photos, j'aimerais surtout arriver à apprécier cette journée que l'on passera. Il y en a qui se déconnecte du monde virtuel durant une journée. Moi, j'veux me déconnecter de ce mal-être qui me suit... Car de chouettes moments, j'en ai raté tellement dans le passé. Gâchés voire tout simplement annulés.

Comme celui lors de mon week-end à Paris, il y a deux ans. J'aurais tant aimé rencontrer quelques blogueuses autour d'un verre. J'en ai parlé qu'à mon retour sur le blog, avouant honteusement la peur d'être vue. Car une fois encore, lorsqu'on ne s'aime pas, on fausse le regard que les gens peuvent porter sur nous (et c'est extrêmement chiant). Car lorsqu'on ne s'aime pas, on n'arrive pas à se dire que les gens nous apprécient pour ce que l'on est au fond de nous et se fichent de notre gras, nos hanches larges, nos petits seins etc.

Si vous avez le numéro de Déclic, faites-moi signe. Car je ne l'ai pas encore rencontré. J'y travaille. Ca prend malheureusement beaucoup de temps. Je me suis tout de même promise cette année, d'être un peu moins malheureuse. Un peu moins moche. Un peu moins grosse. D'écouter un peu plus mes proches. D'être un peu moins dure avec moi-même et avec ce corps qui n'a rien demandé en fin de compte. D'accepter les gênes que j'ai hérité même si je me serais bien passée de quelques uns. J'ai tiré une croix sur le fait que j'arrive à m'aimer un jour. Je garde par contre l'espoir d'arriver à m'accepter. Mais chaque chose en son temps. Je dois d'abord accepter vos petits mots sur deux de mes dernières photos postées sur IG. Car j'ai beau trouver toujours à redire, vos compliments font un bien fou. Ils ne font pas pleurer ni grossir. Et c'est un bien gros tort de m'en priver.

Alors merci pour vos mots anodins qui sont d'une très grande importance dans mon combat personnel, physique et quotidien.

PS : Article qui était programmé pour dans deux semaines où je parlais surtout de mon problème à manger dans la rue, en public (dimanche dernier, j'ai refusé de manger des beignets, en plein carnaval, devant la foule, forcément). J'ai décidé de modifier cet article et de le publier plus tôt suite à celui lu de May et à nos deux commentaires échangés sur Instagram

PS2 : Mes deux amies de Belgique repoussent leur venue en avril suite à un imprévu. Ce sera pour cet été au plus tard. J'ai honteusement eu un soulagement de savoir que physiquement et psychologiquement, j'avais du temps devant moi (je sais qu'elles me lisent, elles vont me tuer d'être aussi bête).

1 commentaire :

  1. Je lis ton article, à la suite des commentaires échangés sur Instagram avec May (j'avais lu son bel article). Je me reconnais tellement entre les lignes. Même si cela ne t'aide pas, je compatis, je sais qu'être moche et être en couple, ce n'est pas incompatible. Parfois, je me demande ce qu'on a à se faire autant de mal. Surtout que les autres se fassent autant de mal alors que je les trouve si joli(e)s :) Je suis passée aussi par le même stade, du "je ne suis pas sur les photos". Bon, c'est souvent moi qui les prends, donc il y a une raison. Mais je me force à demander à mon chéri de me prendre parfois (que cela me coûte !) mais uniquement avec mon appareil (comme ça je peux garder la moins ratée). Je n'ai pas encore trouvé encore le numéro de Déclic, mais le jour où cela sera le cas, je te fais signe.
    Banoffee

    RépondreSupprimer