Et vivre...

jeudi 26 novembre 2015 Ingrid | Mémorables oublis 0 Comments


On m'a demandé pourquoi je n'avais rien écrit sur les événements survenus le 13 novembre dernier. Parce que ne trouvant pas les mots, j'ai préféré me taire plutôt que d'être maladroite. Bien que de parler dans ces moments-là, il n'y a rien de maladroit. C'est un besoin.

Je n'ai pas été affectée directement. Je regardais une série sur l'ordinateur et comme à mon habitude, je regarde Google Actu avant de me coucher. Je lis le titre "Fusillade à Paris". J'ai pensé à un règlement de compte. Un fait divers que la France vit au quotidien. Comme à Marseille, par exemple. Je fais un petit détour sur Facebook et une amie venait de partager un lien. De 4 morts, on passait à 11. Elle m'a dit de mettre TF1. Je me suis dit "Pour que la chaîne fasse une édition spéciale, c'est que ça doit être grave". Je n'ai plus quitté la télé jusqu'à ce que je tombe de fatigue vers 2h avec une certaine appréhension à mon réveil : Le nombre de victimes.

128 morts. Et des centaines de blessés. Voilà comment je débutais mon week-end. J'ai passé mon samedi matin devant les chaînes infos. Pour voir, savoir, comprendre. J'ai pleuré. On en a beaucoup parlé avec Fred et sa mère. Cette dernière m'a demandé comment allait Priscilla. Ma Best. Je lui ai dit "Elle n'habite pas là, n'aime pas le foot et n'écoute pas de métal donc aucun problème". Mais, en fait, qu'en savais-je ? Un petit texto pour lui demander de rassurer ma belle-mère (et moi). Elle m'a répondu qu'elle allait bien, que personne n'était touchée dans son entourage direct mais c'est un endroit où elle va souvent en soirée.

Et j'ai pleuré. J'ai pleuré parce que j'ai pris conscience dans les secondes qui ont suivi son sms que j'aurais pu la perdre. Parce que tout peut arriver. Cette femme qui est venue du Maroc pour fêter l'anniversaire de sa sœur. Toutes les deux ont été fusillées. Tout comme celle qui venait passer le we à Paris pour décompresser de la côte d'Azur. Et tant d'autres personnes qui ont perdu la vie en quelques secondes. Le triste hasard. Un simple week-end. Une seule soirée. Ce putain d'aléa...

Donc oui, ça aurait pu être elle. Mais heureusement, ce n'est pas le cas...

Le samedi après-midi, je suis allée me promener au Parc afin de profiter du soleil et de la douceur des températures. Déplacé me direz-vous mais rester enfermée devant la télé n'aurait rien changé. J'avais besoin de sortir... Il y avait peu de monde dans les rues. Un employé communal était entrain de mettre les drapeaux en berne. Ca m'a arraché le cœur...

Le lendemain fut un dimanche classique. Pas de sortie. Je me suis éloignée des chaînes infos. Je ne regardais que l'édition de midi. Puis, les jours ont repris.

Mercredi, j'ai appris que les terroristes tués durant leur interpellation, avaient en projet d'attaquer La Défense, entre autre,.. Ma Best y vit très proche. Je me suis de nouveau inquiétée. Non pas que je la sens en danger mais je me mets à sa place.

Car je suis pleine d'empathie. J'ai du mal à gérer cette partie de ma personnalité. Je prends tout trop à coeur. Je me mets souvent à la place des gens et j'imagine ce qu'ils vivent, ressentent. Les larmes que j'ai versé depuis ce 13 novembre, étaient des larmes de peine. De souffrance. Mais pas de peur. Car je dois bien l'avouer mais j'ai honteusement pensé que j'étais en sécurité en habitant une petite ville. Je n'habite pas Paris ni Lyon ni Strasbourg. Je ne prends pas les transports en commun, je ne vais pas dans des endroits publics (centre commercial, concert, théâtre, musée). Je me suis mise à la place de chacune de ces victimes. J'ai imaginé leur dernier instant. Et ces proches qui appelaient, sans réponse. Quelle horreur...

Et voilà maintenant que la Belgique est en danger. Là aussi j'ai pensé à mes amies belges. À Titia qui est instit' à Molenbek qui se rend à l'école la boule au ventre, chaque matin (je viens d'ailleurs de lire son statut Facebook sur l'absence de sécurité  dans sa ligne de métro et devant son école. Ca craint !). L'amie Caro donc le mari est policier et est donc sur le terrain. Puis des connaissances bloguesques (Charlotte, Pauline et A. entre autre) qui vivent ou travaillent dans le coin.

Je suis consciente d'être chanceuse. D'être "en sécurité" de vivre loin des grandes villes. Mais je suis affectée. Pour les autres. Ça ne devrait pas exister. Et pourtant...

Fred et moi avons hésité quelques minutes à ne pas aller aux marchés de Noël de Colmar et alentours, le 06 décembre. Et puis merde. Si on doit mourir, eh bien on mourra en profitant de la vie et pas en restant enfermés à dépérir. Et surtout, si on commence à nous priver de certaines choses, on va s'enfermer dans une peur qui risquerait d'empirer.

Fred est regardé bizarrement depuis quelques jours. Par des petits vieux. Quand la nuit commence à tomber, qu'il est à vélo avec un bonnet et sa barbe d'une semaine, il se sent guetté. D'ailleurs, ce n'est pas qu'une impression puisqu'une vieille dame lui a suggéré de se raser car il faisait suspect. Voilà où l'on en est. À devoir faire attention à notre apparence pour éviter les quiproquos. Alimenter la peur. Les amalgames. Ces putains d'amalgames. Je pense à vous, Musulmans. Pour vous aussi j'ai pleuré. J'ai mal au cœur des préjugés, des regards, des insultes qui vont s'intensifier envers vous. Et ce parti politique qui doit jubiler de voir son nombre d'électeurs grandir à chaque événement tragique que traverse la France...

Je ne parlerai pas d'amour, comme quoi il faut le dire avant qu'il ne soit trop tard. Bien que pudique, je n'attends pas un attentat pour dévoiler mes sentiments. Je vous demanderai juste de vivre. Riez. Dansez. Chantez. Mais n'ayez pas peur. Oui, j'ai facile à dire en vivant à 400km de Paris et de Bruxelles. Oui j'ai facile à dire en n'ayant pas de connaissances tuées/blessées lors de ces attentats. Faites ce que vous voulez. Faites ce que vous pouvez mais surtout, ne leur donnez pas raison...

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