On ne m'a jamais appris...

vendredi 6 novembre 2015 Ingrid | Mémorables oublis 2 Comments


On ne m'a jamais appris à vivre avec le passé. Je ne sais pas comment il faut faire pour enfermer des souvenirs dans une boîte et ne plus y toucher.

Dès l'enfance, on m'a mise à l'écart plutôt que de m'expliquer. La perte de mon chat ? On m'a laissé l'appeler tous les jours alors qu'en fait, il était enterré depuis le premier jour de son absence. L'enterrement de mon Tonton ? On ne m'a même pas demandé mon avis. Ce fut "Tu vas faire ton exposé chez Sabrina". Mais à 10 ans, n'aurais-je pas été capable de vivre un enterrement ? Personne ne m'a demandé si je voulais dire au revoir à mon Tonton. Alors oui, mes parents pensaient bien faire en me préservant (ou ne voulaient pas se coltiner une gosse dans les pattes dans un tel moment) mais je leur en ai voulu durant bien des années. A eux comme à moi. A eux car ils m'ont écarté d'un adieu à un homme qui a compté très cher à mon coeur de petite fille. Et à moi car je n'étais pas là... Sur le moment, je n'en avais pas conscience mais au fil des années, la culpabilité a surgit et je m'en suis beaucoup voulue de ne pas avoir dit au revoir à mon Tonton (même si je me rattrape depuis).

On ne m'a jamais appris à vivre avec les soucis de l'école. Une prof de maths qui ne peut pas te voir car tu es la nièce d'un de ses turbulents élèves. Était-ce de ma faute ? Comment peut-on juger une enfant et la mettre de côté parce qu'elle a le malheur d'être de la famille d'un de ses anciens élèves qui faisait le bordel ? Cette prof m'a fait détester les maths. Et elle m'a ensuite fait détester l'école lorsque j'ai découvert qu'elle me notait différemment de certaines autres personnes. Pire lorsqu'elle a moitié avoué que j'avais raison. Et encore pire lorsqu'elle a refusé de m'expliquer des exos que je n'avais pas compris et que dans le bulletin, elle se permettait de me descendre. J'avais la motivation de bien faire. Elle m'a motivée de faire le contraire.

Les soucis avec les élèves, ça aussi on ne m'a pas prévenu comment le vivre. Je ne vais pas revenir sur le harcèlement (petit mais harcèlement quand même) que j'ai subi durant quelques années. La seule fois où j'en ai parlé à mon prof, je me suis fait massacrer après par ces deux nanas. Lorsque j'en ai parlé à mes parents, je n'avais pas le choix car j'étais en pleurs, la joue gonflée d'une énorme gifle. Mon père m'a emmenée en voiture à la rencontre de Stéphane. Il lui a dit que je l'avais cherché. Mon père l'a cru et il n'y a pas eu de suite.

On ne m'a pas appris comment gérer ma première peine de coeur. Je n'avais personne à qui en parler. Faut que l'adolescence se fasse. C'est un peu ce qu'on pu se dire mes parents. J'étais malheureuse, je pleurais, je m'énervais parfois pour rien, j'étais exécrable. Mais plutôt que de chercher à comprendre, me consoler, m'expliquer les sentiments etc..., ils attendaient que ma crise d'adolescence passe.

Ma première rupture fut douloureuse car je quittais l'homme infidèle que j'aimais mais je quittais également mon travail (le lendemain du CDI signé, ah ah ah) ainsi que l'apart'. Bref, retour à la case départ : chez les parents, sans un rond ni boulot, bonjour dépression. Là aussi, je n'ai pas été consolée. On m'a simplement dit de me trouver du taf et que de toute façon, ce Joffrey, on ne l'aimait pas. T'as vachement envie d'entendre ça dans ces moments-là...

On ne m'a jamais appris l'esprit de famille. Tout simplement parce que je n'ai pas eu la chance d'avoir de famille aimante et soudée. Les repas de famille étaient un calvaire. Noël était pire. En grandissant, j'ai découvert l'hypocrisie. Lorsque quelqu'un était absent de table, il s'en prenait plein la figure. Et ainsi de suite avec ceux qui avaient le malheur de ne pas être présents au repas.

Ma mère n'était ni repas ni anniversaires. Du coup, ça s'est indirectement ressenti dans mes anniversaires. Je ne les ai jamais fêté. Et aujourd'hui, j'ai beaucoup de mal avec ça. J'aurais adoré connaître les boums, les goûters d'anniversaire. Mais non, ça se réduisait à une petite enveloppe ou un cadeau que mes parents auraient acheté avec moi. J'aurais tout même apprécié que l'on m'apprenne ces jolis moments de fête, de souvenirs, de cadeaux. Oui, rien est perdu. Mais c'est tellement l'inconnu pour moi que je me dis que je ne mérite pas, que ça ne vaut pas le coup, que je préfère que mes proches le vivent plutôt que moi.

On ne m'a jamais appris le mensonge, le vol, la trahison et l'infidélité. De ne rien m'apprendre, j'ai grandi en étant naïve et insouciante. Tout le monde il est beau. Tout le monde il est gentil. Sauf que dans la vie, ça ne fonctionne pas ainsi. J'aurais aimé qu'on me prévienne de ce que la vie d'ado puis d'adulte allait me faire subir. Que j'aie les épaules de supporter tout ça. Mai plutôt que de m'expliquer, me préparer, on m'a laissé découvrir par moi-même. Et forcément, j'ai fait beaucoup d'erreurs. Et j'avais plus droit à des "bien fait" que du réconfort.

On ne m'a jamais appris à m'imposer. Je devais toujours me taire et encaisser. Car dire non ou stop, c'était perçu comme un début de dispute aux yeux de mon père. Alors, j'encaissais, difficilement, en silence. C'est sur le tard que j'ai fini par me défendre, à être fidèle avec moi-même. Sauf que pour certains, "Sincère = Mauvaise". Une étiquette qui me colle. Et ça, personne ne m'aurait prévenu.

On ne m'a jamais appris l'importance des études. On m'a toujours rabâcher qu'il fallait bien travailler à l'école et bien se comporter. Mais on ne m'a jamais poussé à le faire. Je recevais que les reproches. Pas d'encouragements. De toute façon, on a décidé pour moi...

On ne m'a jamais appris à être forte. J'étais moquée lorsque je pleurais. On n'a jamais cherché à creuser. Je ne pleure pas pour un rien. Il y avait forcément quelque chose qui se tramait en silence, à l'intérieur de moi. Mais on ne voyait que la fille pleurnicharde. Et ces larmes, j'aurais tellement voulu savoir comment les remplacer par une force quelconque.

On ne m'a jamais appris à dresser une carapace. Que j'envie ces gens qui savent si bien le faire ! Faire semblant, montrer un minimum et seulement ce que les gens veulent voir de vous. Au lieu de ça, je fais tout le contraire. Et cette carapace que j'envie tant, elle me serait fort bien utile...

2 commentaires :

  1. Quel joli billet qui me conforte dans les choix actuels que je fait avec mon enfant . Prendre le temps d'expliquer, de comprendre, d'argumenter, ....d'aimer
    J ai le sentiment que tu commence à connaitre tes lacunes ( mais qui ne sont pas de ton fait , bien entendu) et, que peu à peu , tu vas pouvoir reconstruire tes fondations ...?

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  2. Comme je me retrouve dans certains de ces paragraphes!

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