Ne pas oublier

lundi 6 février 2017 Ingrid | Mémorables oublis 3 Comments


C'est en finissant le très poignant et magnifique "N'oublie pas que je t'aime" de Jérôme-Arnaud Wagner, sur sa femme disparue à 35 ans suite à une erreur médicale, que j'ai pris conscience que de mon couple, que resterait-il de lui lorsque Fred ou moi partirait avant l'autre ?

Il est beau et bon de s'aimer, de vivre au jour le jour, de s'embrasser au réveil et avant de s'endormir, de regarder un film ensemble, se faire un petit resto, etc... Mais après ?

Si Fred part avant moi, je veux avoir des vidéos où j'entends sa voix, le voir bouger, son sourire se dessiner sur son visage. Je veux des photos de lui mais aussi, de nous. Je veux des traces écrites de lui. Des petits mots, des post it. Posséder des choses de lui, de nous. Non pas pour être dans le déni de sa mort mais nourrir les souvenirs.

Je prends exemple de Papa. Que me reste-t-il de lui ? Je n'ai absolument aucune vidéo de lui. C'est avec les larmes aux yeux que je vous avoue que j'ai fini par oublier sa voix. Et ça, c'est douloureux de vivre avec. J'ai très très peu de photos de lui. Potables dirons-nous. Si j'en ai une dizaine de lui faite avec le Canon, c'est déjà bien (bien que malade, je n'ai jamais osé le prendre en photo. Comme il n'était pas apte à donner son accord ou non, je n'ai pas osé le photographier, par pudeur, par respect. Et maintenant, je m'en mords les doigts). Tout le reste a été fait avec l'iPhone et des filtres qui ont gâché plus qu'autre chose la qualité de ces photos à l'impression. Mais que me reste-t-il de Papa avant sa maladie ? Quelques photos qui ont été prises de lui lors des sorties vélo faite avec le club de VTT. Des photos où il est en tenue avec un casque et des lunettes. Puis quand bien même, ce ne sont pas des photos intimes, familiales. Pour les avoir, il faut remonter à mon enfance, très petite enfance. Des photos jaunies rangées dans un album photo qui a une trentaine d'années. C'est toujours mieux que rien, je le reconnais. Mais de ma vie d'ado, d'adulte, je n'ai absolument rien. De lui, de nous. Et le crash de mon DDE d'il y a deux ans qui a perdu toutes mes données d'avant 2011 n'a vraiment rien arrangé.

Lorsque l'on me dit que les souvenirs restent, je peux vous dire que c'est une bien belle connerie. Le temps les estompe. Ils deviennent flous, on doute de leur véracité puis, ils disparaissent. Mais pour une photo, une vidéo, une lettre, le souvenir reste intact. Et j'ai vraiment besoin de ça.

Ce livre cité plus haut m'a fait ouvrir les yeux sur l'importance de nourrir le souvenir d'un être cher disparu. Je parle de l'éventualité que ce soit Fred qui parte avant moi mais si c'était mon tour, que lui resterait-il ? Pas grand chose non plus.

C'est pourquoi je m'investis encore plus dans mon couple depuis quelques semaines. Pour nous. Pour lui. Pour moi. Pour ne pas oublier. D'autant plus qu'étant exposée à une surdité qui peut devenir totale en approchant de la vieillesse, si je ne peux plus entendre sa voix, il faut que je me rattache à quelque chose. Et à ce jour, cette chose est bien maigre...

3 commentaires :

  1. il est très beau ton billet et donne a réfléchir

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  2. Il va donc falloir passer beaucoup plus devant l'appareil et non plus derrière; -) Mais c'est vrai qu'en réfléchissant... des photos j'en ai pas mal mais des vidéos pas tant que ça 😕

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  3. En effet, ton billet donne à réfléchir... Mais je suis un peu comme une autruche, je préfère ne pas m'imaginer le pire en me mettant la tête dans le sable...

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