Christelle...

mercredi 17 mai 2017 Ingrid | Mémorables oublis 1 Comments


Mes années scolaires ne m'ont laissée aucun bon souvenir. J'ai oublié beaucoup de choses, je n'ai gardé contact avec personne, j'en refuse par tous les moyens. J'en avais fait un long billet à ce sujet : mon mal-être, les mauvaises notes, une maîtresse qui me terrifiait, une prof de maths qui a déclenché mon désamour définitif de l'école mais aussi, la victime que je fus durant quelques temps entre railleries, insultes et coups.

Je n'aime pas dire que j'ai été victime d'harcèlement parce que ce que j'ai vécu, c'est vraiment du pipi de chat, même s'il ne faut pas banaliser ces actes, même si sur le moment, je n'en menais pas large. Encore aujourd'hui, j'ai l'impression d'exagérer en parlant d'harcèlement, et pourtant, c'est vraiment ce que j'ai subi...

Ce fut principalement moral. Sur mon poids, mon absence de beauté (et à l'âge là, la beauté intérieure, tu t'en tapes le haricot, soyons honnêtes). En même temps, ce qu'ils me balançaient à la figure, ils n'avaient pas tort (oui, quand tu deviens tête de turc, t'arrives encore à trouver des raisons/excuses à ceux qui t'embêtent). Et de ne pas m'aimer ni être jolie, ça n'a pas aidé pour me sociabiliser. Et comme en plus je ne fumais pas, ne buvais pas, ne sortais pas, et que j'étais le style à donner le bâton pour me faire battre, t'atteins le summum de la victime parfaite à faire chier.

Au-delà des paroles, j'ai connu les bousculades, les tirages de cheveux, les chewing-gums dans ceux-ci. Je me demande s'il n'y avait pas des crachats mais je n'en suis pas sûre donc je ne vais pas m'avancer. Il y a eu les jupes soulevées/baissées (qui me marqueront sans doute à vie) dans la cour de récré, bondée. Puis il y a eu les gifles, les coups de pieds, les croche-pieds. Je l'ai subi que deux fois dont une assez violente, psychologiquement.

Je dis que deux fois mais ce fut deux fois de trop...

J'en ai parlé une seule fois à mes parents pour la gifle que je m'étais prise car en me retournant un peu trop vite, ma queue de cheval a effleuré le visage de celui qui était derrière moi. Une gifle mémorable. Je suis rentrée en pleurs, rouge et enflée. Ma mère en avait rien à foutre (sans même savoir, elle jugeait d'avance que c'était de ma faute). Quant à mon père, ne voulant pas d'histoires, je me suis tue et pris sur moi. Du coup, pour ce qui m'est arrivé bien plus tard dans le local derrière les tribunes de la salle de sport, je n'ai rien dit.

J'en ai voulu à mes parents sur le moment. Car ce sont quand même les deux personnes les mieux placées pour me défendre. Je leur en ai voulu mais j'ai pardonné. Peut-être aussi parce que, comme dit plus haut, ce que j'ai subi, ce n'était finalement rien à mes yeux. Or, c'est une grossière erreur de minimiser ces actes. On n'a pas à les subir. Point. La simple gifle est un harcèlement. Les insultes aussi. C'est interdit, ça ne doit pas exister. Il faut que les potentielles victimes ou les parents qui me lisent comprennent qu'un enfant comme un adulte n'a pas à subir ces violences et encore moins les minimiser.

J'ai fait cette erreur. Et je pense sincèrement que ces années-collège m'ont changé ou, tout du moins, cassé quelque chose en moi. Bon, y a pas que ça hein, ça serait trop facile.

Quant à ce prénom qui titre cet article, c'est une pensée pour cette camarade qui en a vu pire que moi. Intello, fine et petite, rousse à lunettes. Je crois que tu ne peux pas faire mieux en victime parfaite à harceler.

J'ai été victime de ces personnes mais j'ai également été témoin de ce que Christelle a vécu. Elle a pris cher la pauvre. Je ne l'ai jamais défendu. A aucun moment. Comme beaucoup, tu fermes les yeux. Surtout si tu fais partie des victimes de ces personnes. Les représailles comme les menaces sont omni-présentes dans ta tête. Surtout en fin de cours. A l'extérieur du collège.

J'en ai vu des vertes et des pas mûres. Encore aujourd'hui, j'arrive à culpabiliser de n'avoir rien fait pour Christelle. Un "Arrêtez", "Lâchez-la", voir le pion, le proviseur. Bref, faire quelque chose même si ça n'aurait sans doute servi à rien. J'ai fermé les yeux parce que j'ai pensé égoïstement à moi. Et je peux vous dire que lorsque je parle de pipi de chat, Christelle, elle, en a connu pire.

Je ne sais pas ce qu'elle est devenue. Je ne pense pas me tromper en disant qu'elle a dû souvent pleurer dans sa chambre, que la boule au ventre, elle l'a connu longtemps. Peut-être même que ses parents étaient au courant mais minimisaient... J'espère qu'elle va bien, qu'elle s'est bâtie cette carapace qu'elle n'avait pas à cette époque et peut-être même qu'elle ne m'en veut pas, ainsi qu'aux autres, de n'avoir rien dit et laisser faire. Je tente de soulager ma conscience en disant qu'elle comprenait et nous a pardonné...

1 commentaire :

  1. C'est fou comme on a tendance à minimiser sur le coup. Je me rappelle de ces mots pas franchement gentils en primaires. Qui me faisaient tellement mals. De ces moqueries. Aujourd'hui, je ne me rappelle pas de grand chose, si ce n'est de ça. Et je ne dis pas qu'on m'a harcelé, pour moi, ce n'est pas à la hauteur du mot.

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