Je n'aime pas la vie

dimanche 25 juin 2017 Ingrid | Mémorables oublis 11 Comments


Dit ainsi, j'exagère un max. Mais je ne suis pas loin de ce ressenti.

En fait, j'ai pris conscience dernièrement qu'on m'a appris à ne pas aimer la vie. Certes, il ne tient qu'à moi de changer tout ça. Mais ça se saurait si c'était si simple...

Depuis petite, on m'a appris à ne pas aimer ce qui peut faire sourire. Ma mère a très vite décrété que les anniversaires et fêtes de fin d'année, elle ne les fêterait pas. Du coup, je ne sais pas ce que c'est que de s'émerveiller, enfant, devant un cadeau. Je ne garde aucun souvenir de paquets au pied du sapin. Et pire encore, d'un cadeau surprise. On m'offrait ce que je réclamais dans le budget souhaité. Donc déballer un paquet dont on connaît le contenu, où est l'utilité ? Alors pas de paquet, pas de surprise, pas de sourire... Tout comme les pique-nique, resto, barbecue. Toutes ces petites choses qui remuent le quotidien, qui te font passer de bons moments, en famille, je n'en garde pratiquement pas de souvenirs tellement ils se comptent sur les doigts d'une seule main. Et encore...

On m'a appris à ne pas m'aimer. Quoique je pouvais être, ce n'était jamais bien. J'étais grosse, la honte. J'étais mince, la pute. Je ne me maquillais pas alors que je sortais, j'avais droit à la réflexion. On validait mes achats vestimentaires mais aussitôt que je les portais, j'étais critiquée (sac à patate ou... pute). Les compliments étaient rares pour ne pas dire inexistants. Mais on savait très bien me critiquer.

On m'a appris à ne pas avoir l'esprit de famille. Je ne sais pas ce que c'est. Une famille unie, aimante, sincère. Je n'y ai vu que le contraire. Les repas, mariages, gosses, je n'en ai vu que de mauvais exemples. Et même si je ne cherche pas à faire mes propres expériences, c'est juste parce que je n'en ai pas l'envie. Fred me satisfaisant amplement !

On m'a appris à ne pas aimer les enfants. Ma mère ne l'a jamais caché : elle ne voulait pas de gosse. Et encore moins être grand-mère. Mais bon, il a fallu que son fils vienne au monde pour qu'elle revoit ses positions. Qu'avec lui, bien entendu... Je n'ai pas connu l'amour d'une mère, la complicité, les mots et gestes tendres. Je mettais beaucoup ça sur le coup de la pudeur mais en fait, non. Elle n'avait pas envie de tout ça avec sa fille... Pour ma part, ça m'a rendue pudique. Je fais froide, une handicapée des sentiments. Heureusement, je ne le suis pas avec tout le monde et surtout pas avec l'amoureux.

On m'a appris à être nulle. A l'école, je n'ai jamais été soutenue, motivée. Je n'étais jamais félicitée pour mes bonnes notes. Par contre, pour critiquer, on ne me loupait pas ! On n'a jamais écouté mes envies (choix de filière, mon besoin de redoublement). Je ne pouvais qu'être démotivée et être de plus en plus en peine au fil des années...

On ne m'a jamais rien appris du quotidien. Cuisiner, coudre, faire une lessive. J'ai appris toute seule lorsque j'ai quitté la maison. Je me souviens qu'avant ça, je voulais aider. Comme faire un flan qui n'aura pas pris car je n'ai pas fait bouillir le lait. Tout comme cuire des pâtes, ne sachant pas qu'en les laissant dans l'eau, elles allaient ramollir. Tout comme faire les lessives. On m'a répondue "Non, je préfère m'en occuper, tu ne sauras pas". Plutôt que de m'expliquer de tout ça... Ou comment penser que j'étais plus con que les autres. Heureusement, non. J'ai réussi à me débrouiller. Je n'ai jamais mis le feu à un repas, ni troué une chemise lors du repassage, ni fait déborder une machine à laver. J'ai appris ce que l'on aurait dû m'apprendre durant mon adolescence.

Bref, j'ai vécu et grandi dans le négatif. Pas facile de tout revoir au bout d'une vingtaine d'années. Il ne suffit pas de déchirer la page et tout réécrire. Oui, ça se fait mais pas aussi facilement, rapidement.

Demandez à un alcoolique d'arrêter de boire du jour au lendemain. A un fumeur, la cigarette. A un toxico, etc... Peu importe l'addiction, le travail est long. Je suis addict au négatif et je ne peux pas m'en débarrasser en un claquement de doigts.

Ce négatif que l'on m'a inculqué...

Je dis on. Mais ce on, c'est ma mère...

11 commentaires :

  1. J'ai grandis tout comme toi dans une ambiance négative, avec une mère très toxique et je me retrouve dans ton témoignage.
    J'ai du mal à profiter de l'instant présent, j'ai tendance à voir le verre à moitié vide, je râle beaucoup...Je n'ai pas cette aptitude au bonheur que d'autres peuvent avoir et je ne sais pas comment y remédier.
    Par contre j'essaye toujours d'être positive devant mes enfants car je ne veux pas reproduire le schéma familial, mais dès que je suis seule, je rumine.
    Comment se déconditionner? Malheureusement je n'ai pas trouvé la réponse...
    Amicalement.

    Gwen.

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    1. Tu as eu cette capacité et intelligence de ne pas reproduire ce que tu as vécu. Ma mère avait le culot de dire partout avec fierté qu'elle ne reproduisait pas sur ses enfants, son propre vécu. Alors que bon, les faits étaient bien là... Je ne suis plus dans une période déprimée, je pleure beaucoup moins mais j'aurai beau aller de l'avant, elle m'a gâché ce que l'on appelle "les plus belles années".

      Bonne continuation Gwen ;)

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  2. Bonjour Ingrid, ton article est très touchant. J'ai toujours eu une relation assez particulière avec ma mère. Je ne que très peu de souvenirs de quand j'étais encore petite fille et je ne crois pas avoir été très proche d'elle. En revanche je garde des souvenirs amers de mon adolescence où nous avions du mal à nous entendre. Elle a beaucoup critiqué mes choix vestimentaires et comme toi si je ne me maquillais pas j'avais le droit à une réflexion comme quoi j'étais beaucoup plus belle avec du mascara et du fard à joues. Je l'ai beaucoup détestée pour m'avoir interdit plusieurs choses (car elle aavait je pense principalement peur qu'il m'arrive quelque chose) et pour m'avoir appris (peut-être inconsciemment) que tout ce que j'avais pour moi était mon physique. Quand je voulais donner mon avis sur un sujet, elle me répondait que je ne savais pas de Quoi je parlais, que j'étais trop jeune pour émettre une opinion. A l'école mes très bonnes notes ne suffisaient pas, il fallait encore et toujours plus. Elle n'hésitait pas à pointer mes défauts : nez trop grand, trop susceptible etc. Et en toute honnêteté, j'ai aujourd'hui 24 ans et elle a dû me faire deux compliments. Sans exagération. Et puis, paradoxalement, nous avons eu des moments où nous étions très proches, sans pour autant avoir des démonstrations d'affection, je savais que je pouvais compter sur elle et elle savait qu'elle pouvait compter sur moi. J'ai traversé une période difficile et sans son soutien je serai sans doute tombée en depression. Bref, ma relation avec ma mère est loin d'être simple. S'il y a une chose que cela m'a appris c'est que nos parents sont des etres humains comme nous, qui ont vécu et réagit à une histoire particulière. Nos mères ont sans aucun doute leurs parts de responsabilité dans l'image que nous avons de nous-mêmes et de la vie, mais elles sont elles aussi souvent prises dans un schéma qu'elles perpétuent. Ma mère et ma grand-mère ne se sont jamais vraiment très bien entendues, ma mère s'est même mariée très jeune pour quitter sa maison car elle m'a confiée ne pas trouver sa place auprès de ses trois autres sœurs qui avaient toute l'attention de sa mère. Pour finir je voulais te dire de croire en toi et en ta capacité à devenir la personne que tu souhaites être. Ce n'est pas un chemin facile et même pour ceux qui ont de bonnes relations avec leurs parents. Se réaliser en tant qu'être humain c'est l'histoire de toute une vie. Et même si sur le chemin tout n'est pas tout rose, je serai toujours fascinée de voir la force et le courage dont nous savons faire preuve pour aller de l'avant. C'est la force de la vie. Courage à toi.

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    1. J'ai du mal à comprendre et accepter qu'une mère puisse avoir deux comportements totalement opposés entre sa fille et son fils. Il aura fallu qu'elle lève la main sur moi (il y a bientôt 3 ans) pour que je prenne réellement conscience de la négativité qu'elle m'apportait depuis mon plus jeune âge... Mais entre prendre conscience et aller de l'avant, ce n'est pas simple... Je te remercie pour tes mots et bonne continuation à toi ;)

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  3. Tu n'es pas la seule malheureusement...Je suis dans la même situation que toi. Mais j'ai appris a pardonné a mes parents qui après tout ne sont "que" des êtres humains a part entière. J'ai eu le déclic un jour (un jour de trop, un jour a se balancer par la fenêtre) que PLUS JAMAIS ils ne me feront ressentir "CA". j'ai PARDONNE et je suis passée à autre chose.. A MA VIE d'adulte :-) Ce n'est pas facile au quotidien, le naturel morose et un peu déprimé revient au galop trop souvent. Le problème de confiance en soi je t'en parle même pas et la capacité a ne pas "lâcher prise" non plus. J'essaye de faire au mieux : avec l'age on apprend a se connaitre et a surmonter ces phases de MERDES. ON ne change pas en un jour son caractère... Je suis contente d'une chose, j'aime mes parents pour ceux qu'ils sont je leur dit quand j'estime qu'ils m’emmerdent je leur dit. J'attend d'ailleurs d'eux la même chose. et moi non plus je veux pas d'enfants...je me sens pas l'âme maternelle et ca, je l'ai toujours su (en déplaise a ma famille)

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    1. Je pardonne en règle général, je ne suis pas du tout rancunière. Malheureusement, je ne pourrai jamais avec elle. Je ne rentrerai pas dans les détails mais elle est clairement devenue haineuse, au point de lever la main sur moi, il y a bientôt 3 ans. Elle a franchi un cap qui m'a bouleversé. Je la savais mauvaise, capable de pas mal de choses mais envers sa propre fille... Je n'ai pas demandé à naître et elle me l'a fait payer... Dans un sens, je la remercie de son geste. J'ai enfin pu ouvrir les yeux sur elle. Elle m'a en quelque sorte délivré de ces chaines mais les séquelles restent bien là... Quant à ma non-maternité, je ne saurai jamais si c'est dû à elle ou tout simplement mon caractère. Le fait est que contrairement à elle, je ne ferai jamais un enfant pour faire plaisir. Je préfère largement chouchouter mon homme et mes chats ;)
      Bonne continuation à toi ;)

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  4. C'est tellement triste tout ça... grandir sans amour, je crois qu'il n'y a rien de pire. J'ai grandi dans une famille brisée et complexe mais on m'a appris à aimer. Que dire... j'espère que tu trouveras les ressources nécessaires pour être heureuse et mener ta vie comme tu l'entends. Et que tu recevra beaucoup d'amour.
    Bises

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  5. Ton article me touche par la tristesse qu'il contient... La résilience n'est pas un chemin facile. Mais ta prise de conscience est déjà le premier pas dans la bonne direction. Beau chemin et bon courage à toi.

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  6. Je trouve ça triste de faire ça à un enfant, à son enfant. J'espère que tu auras l'occasion d'apprendre à aimer la vie, puis d'aimer tout court la vie!

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  7. Je me retrouve beaucoup dans ce que tu dis, j'aurais pu écrire sensiblement le même article. J'espère un jour arriver à dépasser ça. Je te le souhaite aussi. Le chemin sera long, mais il est nécessaire.

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  8. Nous avons tous des fêlures héritées de l'enfance, et ton témoignage est très poignant.
    Apprécier les choses de la vie, cela s'apprend et ça prend du temps. C'est toujours plus facile de s'enfermer dans la négativité, de rechuter et de faire ce que l'on connait... Courage, garde le cap !

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