Rire, est-ce cautionner ?

mercredi 24 janvier 2018 Ingrid | Mémorables oublis 8 Comments


... sur les noirs, les petits, les beaux, les juifs, les grands, les asiatiques, les intellectuels, les rappeurs, les moches, les nains, les politiciens, les machos, les catholiques, les sportifs, les handicapés, les blancs, les arabes, les homosexuels, les chauves, les frontistes, les pédophiles, les xénophobes, Charlie Hebdo, les homophobes, les myopes, les malheureux, les blondes, les asexués, les hommes, les phobies, les femmes, les enfants, les sourds, les fétichistes, les malades mentaux, les femmes battues, les blagues, les gamelles, les parents, les maladies, les tweets, les cheveux sur la langue, la musique classique, les roux, les transgenres, les parisiens, les obèses, les footeux, etc...

Je ne sais pas s'il existe une fin tellement il y a de quoi lister.

Je reconnais tout de même que j'ai un peu de mal avec certains humoristes qui ont un humour vulgaire (Bigard) et noir (Ferrari). Vais-je pour autant militer contre l'arrêt de ce genre d'humour ? Mettre fin à leur carrière ? Dois-je monter au créneau face à leur public qui rigole à des blagues que je ne trouve absolument pas drôles ? Boycotter leur spectacle ?

Si je ris sur des blagues de blonde, dois-je être perçue comme une nana qui rabaisse les femmes, surtout blondes ? Si je ris d'un tweet faisant référence à une polémique sur un black face, dois-je être considérée comme une raciste ? Comme une personne qui contribue à banaliser le racisme ? Dois-je m'attendre à ce que des associations comme Le refuge me condamne pour homophobie parce que je ris aux sketchs, aux postures, à la voix de Jarry ? Dois-je être traitée de sexiste parce que je regarde Miss France ?

Libre à vous de me juger de raciste, homophobe, méprisante, intolérante, irrespectueuse, et j'en passe. Je choque, je sais. Depuis quelques mois, la liberté d'expression n'est plus. On ne peut plus rien dire sans qu'une polémique voit le jour chaque semaine. C'est devenu quotidien pour la moindre parole, le moindre geste, la moindre photo.

Je milite pour rien ni personne. Parce que si je devais m'y mettre, je ne ferais que ça ! Ca voudrait dire que je devrais militer contre le Front National, les homophobes, les pervers, les carnivores, les humoristes, les télé-réalités, la haute-couture, les lisseurs/boucleurs, les cons, les terroristes, les fonds de teint, les abattoirs, les pesticides, le made in China, l'huile de palme, les animaux domestiques en cage, les pédophiles, la maltraitance (là encore, j'arrête car ma liste ferait des kilomètres).

Soit, ne parlons plus. Mais comme dit Pagny : "Vous n'aurez pas ma liberté de penser". Vous n'aurez pas non plus ma liberté de rire sur tout, n'importe qui, n'importe quoi mais également de moi-même.

Ne mélangeons pas tout. Certains diront que je suis dans l'ignorance, l'indifférence, le mépris, la normalisation, que je sors cette excuse pour me protéger des haters/polémistes/militaristes etc... Je vous répondrai que je me fous de ce que vous jugerez de moi. Je sais ce que je suis, je connais mes valeurs. Je connais mes convictions. J'admire ceux qui militent, je les respecte, les soutiens. Mais...

Rire ne veut pas dire cautionner
Rire ne veut pas non plus dire se moquer

Et ça serait bien que certains assimilent ça.

PS : Au départ, je voulais désactiver les commentaires mais je déteste la censure. Tout ce que je publie ici est réfléchi et assumé. Je n'ai jamais censuré jusqu'à présent sur ce blog et ce n'est pas aujourd'hui que je vais commencer, surtout sur un sujet où je parle de la liberté d'expression ou plutôt de la liberté de rire à des sketchs, des blagues même douteuses, mêmes noires, même sexistes. Je sais que l'on va me tomber dessus, que l'on ne va pas me louper. Mais je sais aussi que je ne répondrai pas à vos commentaires. J'ai tout dit dans cet article. Je ne vois pas ce que je pourrais vous dire/répondre de plus sans que ça alimente encore et encore des polémiques qui n'ont pas lieu d'être dans cet article.

8 commentaires :

  1. Il n'y a pour moi rien à redire à cet article : car je suis entièrement d'accord avec toi ! J'ai été accusée de faire du bodyshame pour un article sur Barbie sur mon blog, de raciste avec une photo de Grizou que j'ai liké, et dont je l'ai défendu... Et j'en passe, je ne me souviens même plus, ça me fatigue ces choses, je fais ce que je veux, j'aime ce que je veux, mais j'ai du mal à supporter qu'on m'accuse de choses ou que l'on m'assimile à qqch que je ne suis pas...

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  2. Tu as tout à fait raison.
    Beaucoup ont du mal aussi avec l'auto-dérision...
    Rire ce n'est pas forcément cautionner pour moi.

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  3. Ce genre de discours est dangereux pour les minorités. Des femmes meurent à cause des "blagues" sexistes qui renforcent la culture du viol et minimisent les violences conjuguales entre autres. Des asiatiques se prennent tous les jours des "blagues" sur leurs origines, leurs yeux bridés ou leurs habitudes alimentaires (spoiler: non tous les asiatiques ne mangent pas de chien ou de chat). Des noirs sont tués aux USA et maltraités par la police en France, ont leur dit que leurs cheveux naturels "ne sont pas présentables", on les compare à des singes.
    Nous n'avons pas le droit de décider pour des minorités ce qui est blessant pour eux ou pas. Est-ce que ça signifie qu'on a plus le droit de faire de l'humour? Bah non, parce que l'humour non-oppressif ça existe.

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    1. Je trouve qu'il y a beaucoup de choses mélangées dans ton article. Oui, la violence faite aux femmes, les Noirs tués aux USA, le dénigrement de leurs cheveux, et tout ce que tu cites, c'est du racisme et il faut le combattre, mais l'humour noir, en vrai, dénonce le racisme et ne se moque pas des Noirs... sinon ce n'est pas de l'humour et je te renvoie à mon commentaire un peu en-dessous du tien.

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  4. Je dirais qu'on peut rire de tout mais pas avec tout le monde. Et qu'il y a manière et manière.

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  5. Je crois qu'il faut distinguer humour et humour... Il y a des gens qui font du faut humour, qui essayent des blagues pour cacher ce qu'ils pensent vraiment, pour le faire passer l'air de rien, pour pouvoir se cacher sans assumer en disant "c'est de l'humour" alors qu'en vrai ils le pensent vraiment. Et puis il y a l'humour qui dénonce. Ferrari par exemple. Tu vois, il n'est ni raciste, ni homophobe, ni misogyne, ni rien de tout ça, ça se sent quand on le voit jouer d'ailleurs, à sa manière de jouer. Il ne rit pas des Noirs : il rit du racisme ; il ne rit pas des musulmans : il rit de l'islamophobie. Il dénonce. Tu ne peux pas te tromper quand tu regardes son spectacle d'ailleurs, c'est très clair qu'il dénonce, qu'il y a un propos sérieux derrière, qu'il s'amuse du public avec le public, de nos préjugés. Il dénonce ce qu'il ne va pas dans notre monde. Parfois il va bien trop loin à mon goût (dans une émission il a comparé Alexandre le Grand à un humaniste parce qu'il préservait les cultures... nan, c'était un pragmatique et un conquérant ce monsieur, enfin...).

    Jérémy Ferrari ne rit pas des Noirs, il rit du racisme, il se moque des racistes. Ce ne sont pas des blagues gratuites, ce sont des sketchs construits. On peut pas se tromper quand on l'écoute, je pense. Mais pour ça faut pas prendre une vanne par-ci, une vanne par-là, faut écouter un sketch entier, et remarquer comment il est construit. C'est très net.

    Un autre exemple. En Seconde une fois on était tous assis sur un banc et des mecs racontait des blagues. Des blagues sur les Juifs. Du genre "qu'est-ce qu'un juif sur un tas de cendre ? une photo de famille". Mais, dans la manière dont il le faisait on ne sentait aucune, absolument aucune, malveillance, c'était juste histoire de faire un bon mot, mais sans méchanceté ni discrimination derrière. Et puis un autre mec est intervenu. Pour pas qu'on lui pique la vedette peut-être. Ou parce que faire rire les copains c'est toujours bien pour l'ego. Il a dit d'un ton fier "pourquoi t'as pas d'Arabes dans Star Wars ? Parce que c'est le futur". Outre le fait que la blague ne mérite pas ce nom, que Star Wars soit de la science fiction et que donc ça n'ait pas de sens, dans la manière dont il l'a dite j'ai été très mal à l'aise. J'ai vraiment tiqué. Je n'ai pas ri. Du tout. Parce que je sentais que quelque par il le pensait, que quelque part il avait une dent contre les Arabes (et pas que contre eux mais c'est une autre histoire).

    Voilà. La différence entre humour et humour. Il y a le faux humour, le malveillant, celui pour se moquer, celui qui exclue. Oui tient ! C'est ça ! Il y a l'humour qui exclue, qui exclue les Noirs, qui exclue les femmes, le faux humour qui est se liguer contre quelqu'un et qui ne mérite pas le nom d'humour, et le vrai humour, l'humour qui dénonce et... rire ensemble. Tu vois, je suis allée voir Jérémy Ferrari deux fois. Dans le public il y a toutes sortes de personnes. On rit ensemble. Le vrai rire c'est ça : c'est rire ensemble, ensemble de nos préjugés, ensemble de notre société. Jérémy Ferrari ne se moque pas de nous : il rit avec nous. Voilà, l'humour ça inclue : tout le monde rit ensemble. C'est ça l'humour.

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  6. J'ai qu'une chose à dire.
    " Mon humour est tellement noir qu'il touche le RSA. "

    Bel article Ingrid.

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